Il y a un moment, chaque nuit, où la nuit vous réveille. Où il s’agit d’aller tirer de l’eau fraîche au robinet de la cuisine et de la boire. De vous pencher pour voir derrière la vitre le linge qui bat pendu à son fil dans le jardin et, du même coup, s’il y a de la lune, pour surveiller la crête par où les chiens arrivent. Surtout d’aller retrouver tel livre dont le souvenir s’est imposé à vous durant votre sommeil. Il semble que ce soient, plus souvent que les autres, le Quichotte que pourtant vous avez si peu lu et le Montaigne qu’il vous suffit de toucher alors dans le noir pour que certaines pages vous en reviennent comme des images d’un film. Après cela, que fut le monde, que devint-il? À peu près rien, jusqu’à cette possibilité d’écouter de la musique sur votre iPhone, de visionner quelques courtes vidéos et, bien sûr, de prendre ce peu de phrases en notes avant de vous rendormir. Des écritures qui font des ocellures comme celles que continuent de peindre Yayoi Kusama dans cet hôpital psychiatrique situé près de Tokyo où on nous indique qu’elle s’est retirée. On parle d’ocellures, songez-vous, à propos du pelage du tigre. Lisez-vous le Quichotte dans sa langue, et Borges? Vous ne sauriez le dire.

Prestige (travail en cours)

Cette façon qu’ont les livres de rester dans le silence et l’obscurité de la maison. D’attendre. Ailleurs, dans les rues, c’est le défilé du carnaval. En plus des chars, d’immenses ballons vivement colorés figurent des tigres et des dragons. Le sol est jonché de confettis et de serpentins mais, dans le ciel bleu très sombre, les ballons évoquent une pureté étrange et désertique à laquelle nous avait habitués, il y a bien longtemps déjà, les dessins de Moebius. Où animaux et machines se combinent pour former des appareils compliqués, hauts parfois de plusieurs étages, que des enfants juchés au faîte conduisent en dormant. Lorsque nous sommes rentrés, Arthur Gordon Pym m’attendait dans son volume de La Pléiade acheté en 66-67 à la librairie Lyceum du boulevard Gambetta. Hier, le relisant, je notais que l’emballement fiévreux que Georges Bataille imprime aux premières pages de l’Histoire de l’œil pouvait être inspiré par son premier chapitre, où l’on voit que deux garçons dorment dans le même lit, après un dîner copieusement arrosé, quand l’un se réveille tout à coup et déclare que la nuit est trop belle, trop froide et si évidemment porteuse d’une tempête qu’il convient d’aussitôt se vêtir, courir démarrer le minuscule canot qui les attend au port et cingler vers le large. Mais il était trop tard.

Une des fautes d’orthographe les plus courantes aujourd’hui est celle qui consiste à confondre l’infinitif des verbes du premier groupe (ceux en -er) avec leurs participes passés (en -é).

Cette erreur est bien compréhensible. Elle tient à ce que nous ne faisons aucune différence à l’oral entre « J’ai mangÉ » et « Je vais mangER ».

Les formes « mangé » et « manger » existant bien toutes deux en français, le correcteur orthographique de votre traitement de texte ne vous est, sur ce point, d’aucune aide. En revanche, il suffit de raisonner un peu pour éviter l’erreur.

La parade est classique. Chaque fois qu’on hésite, on essaie de remplacer le mot qui pose problème par un verbe du deuxième ou du troisième groupe.

Dans la phrase « Je vais manger », il est facile de voir que l’on peut remplacer « manger » par « courir », « attendre », « finir », « coudre ». Il s’agit donc bien d’un infinitif (en -er).

Tandis que, dans la même phrase, on voit bien que le remplacement du même mot par un participe passé (« couru », « attendu », « fini » « cousu ») est impossible. Les phrases seraient incorrectes.

À l’inverse, si nous considérons la phrase « J’ai mangé », nous voyons bien que nous pouvons la transformer en « J’ai couru », « J’ai attendu », « J’ai fini », etc… Tandis que le remplacement par un infinitif (« courir », « finir », etc…) serait impossible.

Est-ce clair ? Je vous propose maintenant de vérifier votre habileté à éviter cette erreur avec un QCM.

Questionnaire