Bains de Diane

Poster un commentaire Par défaut

J’aime accompagner celles deux
en qui Diane se dédouble
dans les magasins(partout
dans les villes où l’on va)
où mué en Actéon je puis observer
les personnes qu’on y voit

toujours debout entre 2 grands miroirs où
elles se voient les unes pivotant sur elles
mêmes essayer des vêtements tandis que
d’autres occupées à les vendre

et mieux encore pour la musique qu’on y
découvre, identifiée vite fait
grâce à Shazam sur mon iPhone
et que je réécoute sitôt rentré chez moi

Ce qui apparente mes visites en ces lieux
(j’y songe) à de préhistoriques pratiques de
cueillette ou de chasse,au prix de quoi
je serais changé en Cerf

Ars legendi lauréat pour la solidarité numérique

Poster un commentaire Par défaut

L’équipe d’animation de l’association Ars legendi est heureuse de vous annoncer qu’elle remporte l’appel à projets 2016 lancé par la Fondation Afnic, sous l’égide de la Fondation de France, pour la solidarité numérique.

Le projet que nous portons s’intitule « Des étudiants à l’école ». Il vise à faire intervenir en milieux scolaires des étudiants formés aux usages des « Moulins à paroles » (M@P).

Ceux-ci accompagnent les élèves en difficulté, désignés par les équipes éducatives, dans l’apprentissage de la lecture-écriture. Les activités proposées sont centrées sur la poésie en lien avec les autres arts.

Notre programme a été mis en place à la rentrée scolaire 2016. Grâce à l’aide accordée, il se poursuivra pendant 2 années (jusqu’à l’été 2018) et sera centré sur le territoire de Nice-L’Ariane.

Nous remercions toutes celles et tous ceux qui nous ont permis de réussir dans cette démarche.

(La liste complète des lauréats de l’appel à projets peut être consultée et téléchargée en ligne sur le site de l’Afnic.)

Mystic River

Poster un commentaire Par défaut

La ville ne se referme pas
sur lui
même la nuit
il quitte les rues
les plus éclairées
où des silhouettes en chapeaux se
croisent
derrière le verre des lunettes
il s’éloigne vers
les baraques
foraines et le fleuve
Au cours d’un voyage
la rencontre d’une
ville éloignée
vers le nord ou
d’innombrables villes
au cœur d’innombrables nuits
dont
il n’est pas dit de nom

→ Prestige

Chambéry

Poster un commentaire Par défaut

De villes où je suis
allé, je ne me souviens pas.

De villes où je sais que
je suis allé lorsque j’entends le nom.

J’entends le nom d’une ville (Chambéry)
et je sais que j’y suis allé un jour voici
une éternité peut-être mais
sans pour autant
garder de cette ville aucune image.

Tandis qu’il est
des villes dont je me souviens, dont je
garde des images sans du tout me souvenir
du nom.

Des villes dont je sais le nom (comme de
villes où je suis allé) sans
me souvenir d’aucune image,
je ne doute pas de m’y être trouvé vraiment
même si le souvenir que j’en ai est
comme vide (outre le nom).

Tandis que des villes dont je garde des
images précises sans me souvenir du nom
je ne suis pas du tout sûr d’y avoir
jamais été. Aussi bien les
ai-je rêvées (tandis que
leur souvenir n’est pas vide mais
plein d’une image au moins).

Que (dit) le Nom d’une ville
dont je ne garde aucune image.

Que (dit) l’image d’une ville
qui, dans ma mémoire, n’a pas de Nom.

Tu as connu Alger à Nice

Poster un commentaire Par défaut

– Tu as connu Alger à Nice.
Je ne sais plus qui fait cette objection, ni si c’est une objection. En quoi on peut entendre que je ne connais ni l’une ni l’autre. Seulement des coins de rues dans des quartiers décentrés. La façon dont les lieux se métamorphosent, soudain, en fonction de la lumière, et celle qu’ils ont d’abriter des fantômes. Une femme vivant en France apprend la disparition de son fils qui était à Alger. Elle dit, Un jour le téléphone sonne, ma propre mère qui se trouvait chez moi décroche et là, on lui déclare que mon fils a disparu. Il avait vingt-et-un ans, il séjournait chez son oncle, un matin il prend sa douche, il se prépare devant la glace et annonce qu’il va rejoindre des camarades au coin de la rue, sur une esplanade où ils ont l’habitude de se retrouver, de se tenir ensemble à discuter et rire comme font les garçons. Mais, ce jour-là, il n’y est pas parvenu. Et voici qu’elle comprend. Il ne lui en faut pas davantage. On est dans les années 90 et elle sait aussitôt, lorsque sa mère raccroche, qu’elle se retourne vers elle, que son fils a été enlevé. Ce qui la fait s’enfermer des jours et de semaines d’abord pour pleurer. Après quoi, retour au calme, elle quitte son travail et retourne à Alger. Elle s’installe là-bas, dans ce pays qui est le sien, dont elle connait la langue et comme l’âme, de l’intérieur, où elle mènera son enquête, non pas dans l’espoir de retrouver le disparu mais parce qu’à la date indiquée, il faut que quelqu’un ait vu la voiture s’arrêter à sa hauteur, et des hommes en descendre qui se sont emparé de lui, et qui l’ont fait monter. Et donc elle entreprend de se rendre, jour après jour, une photo du jeune homme à la main, dans tous les commissariats de la ville, dans tous les hôpitaux puis dans tous les cimetières. Et, à défaut de trouver ce témoin, elle découvre chemin faisant qu’elle n’est pas la seule, mais que des foules d’autres mères attendent elles aussi, sagement assises dans les couloirs des hôpitaux et des commissariats, qu’on veuille bien les recevoir pour qu’elles puissent de nouveau exhiber les deux ou trois photos qui ne les quittent jamais, qui sont tout ce qui leur reste.

Cette histoire ne m’appartient pas. Je l’ai entendu raconter sur France-Culture, par celle qui l’avait vécue, un jour que j’arrivais à L’Ariane en voiture. C’était le jeudi 15 décembre 2016, dans Les Pieds sur terre de Sonia Kronlund, entre treize heures trente et quatorze heures, la série s’intitulait « Mes années Boum, une enquête algérienne », dont c’était le septième et dernier épisode [+]. J’ai garé la voiture devant la petite esplanade qui précède la bibliothèque Léonard de Vinci, et je suis resté à l’intérieur, le moteur arrêté, pour l’entendre jusqu’au bout. Puis je suis entré dans cet espace tout blanc où il était convenu que je donnerais une leçon de français à un groupe de femmes qui m’attendaient. Je les vis souriantes, attentives. Elles portaient toutes le hijab et certaines habitaient ce quartier depuis plusieurs années. Des enfants déjà scolarisés mais sans qu’elles-mêmes aient trouvé l’occasion d’apprendre un seul mot de notre langue. Qu’elles se trouvaient comme interdites de parler.

[Dans Prestiges]

Impossible ou presque impossible

Poster un commentaire Par défaut

Impossible ou presque impossible de se rendre du centre ville à L’Ariane à pied, et l’unique ligne de tramway qui parcourt la ville n’y conduit pas. Resterait l’autobus, le 16, mais jusque là je n’ai pas pu m’y résoudre. Je fais le voyage en voiture. Je gare ma voiture aussitôt que possible puis je marche. Avec l’idée qu’il faudrait faire des photos, des enregistrements vidéographiques, comme ferait un touriste dans une ville étrangère. Mais il est probable que, si je m’y risquais, je susciterais la colère de certains habitants que je croise, des hommes vêtus de djellabas ou de sarouels, dont les barbes qu’ils portent leur font lever le menton. Je dois au contraire passer inaperçu. Faire en sorte qu’on s’habitue à moi. Pour que l’expérience se poursuive. Puis, à mon retour, je ferme la porte à double tour et je lis, de préférence, Hélène Cixous qui, elle-même, lit Stendhal et Montaigne, mais qui évoque aussi Jacques Derrida. Comme nous dînions chez elle, Céline évoquait la figure de Jacques Derrida à Nice, parmi les siens. Assis ensemble sur les galets de la plage. Je ne suis pas retourné en Algérie. Mes amis, mes enfants m’ont interrogé sur cette obstination que j’ai mise à ne pas retourner en Algérie où je suis né. Et chaque fois, je leur ai répondu que j’y retournerais volontiers si je pouvais m’y rendre utile, dans un cadre professionnel, où la langue fût en question, mais qu’il ne fallait pas espérer que je le fisse en touriste, on ne retourne pas chez soi en costume de touriste, l’appareil photo à la main. Ce qui avait pour conséquence que je n’y retournerais jamais. Or, voici qu’à présent je retourne à L’Ariane.

C’est arrivé à la fin de l’été

Poster un commentaire Par défaut

C’est arrivé à la fin de l’été, ou au début de l’automne 2016, je ne sais pas de quoi nous parlions mais mon fils a dit qu’il n’aimait pas le jazz manouche, que celui-ci l’ennuyait, et j’en ai été surpris. Je n’avais rien à lui répondre, n’en ayant plus écouté moi-même depuis une éternité, n’ayant pas songé à lui en faire entendre quand il était plus jeune et que je prenais soin de glisser dans nos échanges quantité de musiques différentes, mais cela n’a pas empêché que cette parole me surprenne. Elle réveillait en moi un souvenir qui datait de ma propre enfance, c’est-à-dire d’une autre vie. Soudain la guitare de Django Reinhardt et le violon de Stéphane Grappelli ont résonné dans ma mémoire, ils jouaient ensemble Nuage ou Minor Swing, et c’était comme si j’avais été assis sur le bord de l’estrade où ils se produisaient, leur tournant le dos, je retrouvais le tempo exact et pas une note ne manquait.

Les deux musiciens me désignaient à moi-même quelqu’un que j’avais été et que j’étais encore mais dans une autre dimension de ma personne, celle des nuits où je rêvais. Et la parole de mon fils les ranimait, me révélant du même coup qu’ils prendraient davantage d’importance au fur et à mesure que j’avancerais dans la vieillesse, qu’ils deviendraient des compagnons toujours plus présents et attentifs, eux-mêmes veillant sur moi comme des Parques au masculin, occupés à filer le temps de nos destinés comme celui des planètes, chacun à tour de rôle se faisant le servant de l’autre dans l’accomplissement de cette tâche, le premier penché sur sa guitare comme sur l’eau d’un fleuve obscur, tandis que le second, debout, le visage ravi, s’enivrait de clartés célestes.