Apollinaire (G.), Mai

Le mai le joli mai en barque sur le Rhin
Des dames regardaient du haut de la montagne
Vous êtes si jolies mais la barque s’éloigne
Qui donc a fait pleurer les saules riverains

Or des vergers fleuris se figeaient en arrière
Les pétales tombés des cerisiers de mai
Sont les ongles de celle que j’ai tant aimée
Les pétales flétris sont comme ses paupières

Sur le chemin du bord du fleuve lentement
Un ours un singe un chien menés par des tziganes
Suivaient une roulotte traînée par un âne
Tandis que s’éloignait dans les vignes rhénanes
Sur un fifre lointain un air de régiment

Le mai le joli mai a paré les ruines
De lierre de vigne vierge et de rosiers
Le vent du Rhin secoue sur le bord les osiers
Et les roseaux jaseurs et les fleurs nues des vignes

Alcools (1913)

Vie brève

  • 1880 (25 août). Naissance à Rome, sujet polonais de l’Empire russe par sa mère, de père inconnu.
  • 1882. Naissance de son frère (ou demi-frère) Alberto Eugenio Giovanni.
  • 1887-1895. Études à Monaco, Cannes et Nice.
  • 1900. La famille s’installe à Paris. Guillaume étudie la sténographie et devient employé de banque.
  • 1901 (août)-1902 (août). Préceptorat en Rhénanie, dans les propriétés de Madame la vicomtesse Élinor de Milhau. S’éprend d’Annie Playden, jeune nurse (elle est née comme lui en 1880) venue de Londres.
    • « Mai » est daté de mai 1902 à Leutesdorf.
  • 1903 (novembre). Se rend à Londres pour tenter de reprendre contact avec Annie Playden.
  • 1904 (mai 1904). Retourne à Londres mais s’y heurte au refus de la même Annie Playden. Peu de temps après, celle-ci quitte l’Angleterre et s’installe aux États-Unis. Mariée sous le nom de Mrs Postings, elle mourra en 1967 à Los Angeles.
  • 1905 (février). Rencontre Pablo Picasso, né à Malaga (Espagne) en 1881 et installé à Paris depuis 1900.
    • Picasso peint Famille de saltimbanques (période rose).
    • (décembre). Première parution de « Mai » en revue (Vers et Prose, t. IV).
  • 1909 (février). Première publication en revue de « Saltimbanques » et « Crépuscule » (Les Argonautes, n° 9).
  • 1913 (fin avril). Parution d’Alcools.
  • 1914 (décembre). S’engage dans l’armée française.
  • 1915. Obtient le grade de sous-lieutenant.
  • 1916 (9 mars). Obtient la nationalité française.
  • 1916 (17 mars). Dans une tranchée du bois des Buttes, près de Berry-au-Bac, est blessé à la tête par un éclat d’obus. Trépané le 9 mai.
  • 1918 (2 mai). À Paris, épouse Jacqueline Kolb. Picasso est son témoin avec Ambroise Vollard.
  • 1918 (9 novembre). Mort (il a 38 ans) de la grippe espagnole. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise.

> À la mémoire d’Annie Playden, une traduction anglaise d’Olivier Bernard (2004)

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8 Comments

  1. Textes produits ce matin par un groupe d’élèves de seconde du lycée Don Bosco à Nice (06). Référent Bérénice Van Agt.

    Lille la jolie ville ensevelie sous neiges
    Des fleurs fanées, des champs abandonnés
    Le ciel gris fait mourir cette nature vierge
    (Estelle)

    La neige tombait sur la montagne fière
    Je regarde par la fenêtre les flocons tomber
    Le temps se fige sur la rivière gelée
    (Inès, Ugo)

    Décembre débarque sur la plage
    Des hommes fixaient l’horizon de la plage
    Ô belle douceur d’hiver sur le rivage
    (Loïc)

  2. Encore merci pour cette très belle intervention à la bibliothèque Camille Claudel ce matin.
    Un très beau moment de partage « surréaliste » que petits et grands n’oublieront pas !
    À très bientôt.

  3. Nous nous sommes retrouvés avec plaisir, les élèves de la classe relais du collège F. Mistral et moi – même pour continuer à découvrir ce poème qui nous permet d’entrer dans le printemps.Beaucoup de bonne volonté pour mémoriser cette 3ème strophe, quelques adjectifs intervertis que nous retrouverons la semaine prochaine…

  4. Mon cher Pablo,
    Elle s’appelait Anny.
    Elle était si belle. Comme une rose qui volait dans l’air. Je l’aime mais elle non. Alors, je prends l’air.

  5. Quel plaisir ce fut, ce matin, de découvrir l’usage des M@P au sein du collège Maurice Jaubert ! Formidables outils numériques d’apprentissage de la lecture-écriture…et bien plus encore.
    Les M@P mettent l’accent sur la parole des élèves et la façon, toute singulière, qu’a chacun et chacune de se mobiliser pour faire entendre sa voix.
    Face à l’échec, au refus scolaire ou à l’agitation des corps, l’école peut parier sur de nouveaux dispositifs complémentaires.
    Pédagogues, étudiants-chercheurs, linguistes, cliniciens, artistes, pouvons porter un constat : la langue est rebelle à un grand nombre de choses que l’Homme souhaiterait dire. Et l’Homme se montre lui aussi parfois rebelle aux contraintes de la langue. La transmission par les M@P, par la poésie, a quelque chose de surprenant : elle est surréaliste, vise un au-delà du sens.
    Cela n’est pas sans effet et contribue certainement à éveiller l’intérêt des élèves pour l’école et le monde culturel.

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