La Fontaine (J. de), Le Loup et l’Agneau

La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous l’allons montrer tout à l’heure.
Un Agneau se désaltérait
Dans le courant d’une onde pure.
Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure,
Et que la faim en ces lieux attirait.
« Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
– Sire, répond l’Agneau, que votre Majesté
Ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu’elle considère
Que je me vas désaltérant
Dans le courant,
Plus de vingt pas au-dessous d’Elle,
Et que par conséquent, en aucune façon,
Je ne puis troubler sa boisson.
– Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l’an passé.
– Comment l’aurais-je fait si je n’étais pas né ?
Reprit l’Agneau, je tette encor ma mère.
– Si ce n’est toi, c’est donc ton frère.
– Je n’en ai point. – C’est donc quelqu’un des tiens :
Car vous ne m’épargnez guère,
Vous, vos bergers, et vos chiens.
On me l’a dit : il faut que je me venge. »
Là-dessus, au fond des forêts
Le Loup l’emporte, et puis le mange,
Sans autre forme de procès.

Fables, Livre 1 (1668)

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  1. Atelier d’écriture d’une classe de 5e du collège Don Bosco (Nice). Référent: Bérénice Van Agt.

    Le Lion et la Gazelle, de Timothé Trojani

    Une Gazelle s’abreuvait
    Dans un cours d’eau délicieuse et fraîche.
    Un Lion majestueux se pointe.
    La jeune Gazelle tout effrayée
    Cherche à se cacher,
    Mais le Lion l’a démasquée.
    Il rugit: « Que viens-tu faire sur mes terres,
    Petit animal solitaire?
    – Votre Majesté, répond-elle,
    Acceptez que je me désaltère
    Dans cette onde magnifiquement claire!
    – Ce sont les terres de mes frères
    Et de mon père,
    Et jamais, au grand jamais,
    Je ne te laisserai en profiter. »
    Sur quoi, la Gazelle fut emportée,
    Et on ne la revit jamais.

    ***
    Le Poussin et le Chat, d’Océane Berthezeme

    Un Poussin se régalait dans la gamelle de son compère.
    Celui-ci le surprend, ses poils se hérissent:
    « Que fais-tu là, maudit garnement? »
    Tonne-t-il d’une voix sanguinaire.
    « Je me délecte de ta boisson », répondit le petit être
    Fort imprudemment.
    « Alors, tu seras puni.
    – Pitié, Seigneur, ma famille…
    – Que nenni, vermine! »
    Sur quoi, sans aucun jugement,
    Le Chat mangea le Poussin
    Allègrement.
    La raison du plus fort est toujours la meilleure.
    Nous vous l’avons montré tout à l’heure.

    ***
    L’Aigle et le Pigeon, de Kelvin Laurent

    Dans le feuillage d’un arbre
    Un pigeon se nourrissait d’insectes bien craquants.
    Un Aigle volant très haut
    Aperçut cet être misérable.
    Le voici aussitôt qui descend et se pose.
    « Toi, que fais-tu ici,
    Sur mon arbre joli?
    – Votre arbre, votre arbre, comme vous y allez…!,
    Répondit le Pigeon. Je viens ici tous les étés,
    Et c’est bien la première fois
    Que je vous y vois!
    – Ceci est mon arbre,
    Et tous ceux de ce pays
    Sont à moi aussi,
    Puisque j’en suis le roi.
    – Eh bien, je l’ignorais.
    – Eh bien, tu souffriras
    Par moi! »
    Sur quoi, l’Aigle affamé
    Le mangea tout entier.

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