Reverdy (P.), Fétiche

Petite poupée, marionnette porte-bonheur, elle se débat à ma fenêtre au gré du vent. La pluie a mouillé sa robe, sa figure et ses mains qui déteignent. Elle a même perdu une jambe. Mais sa bague reste, et, avec elle, son pouvoir. L’hiver elle frappe à la vitre de son petit pied chaussé de bleu et danse, danse de joie, de froid pour réchauffer son cœur, son cœur de bois porte-bonheur. La nuit, elle lève ses bras suppliants vers les étoiles.

Plupart du temps (1915)

Commentaire
1.1. Quatre noms désignent l’objet qui est au centre du poème. Lesquels?
R. Ce sont « poupée », « marionnette », « porte-bonheur », auxquels s’ajoute le « fétiche » du titre.

2.1. Quel est ici l’antécédent de l’anaphore (ou pronom) « elle »?
R. C’est « bague » (et non pas « poupée »).

Nous connaissons tous une histoire (une légende, une saga) au centre de laquelle se trouve une bague qui confère un immense pouvoir à celui qui la porte. Quelle est cette histoire? Et de quel pouvoir s’agit-il?
R. L’histoire est celle du Seigneur des anneaux. Et le pouvoir que la bague confère est alors celui de devenir invisible.

Citation
Comme l’écrira Aragon dans ses Chroniques du bel canto: « Jamais peut-être la poésie de la pauvreté, de la solitude, la poésie de l’homme abandonné des hommes n’a été poussée si loin que chez Pierre Reverdy. » Sous cet aspect aussi « Fétiche », que l’on découvre au seuil de l’œuvre du poète, en recèle peut-être l’un des secrets essentiels, car s’il est bien question de pauvreté, avec une résonance qui n’est pas seulement sociale mais ontologique, et si l’on assiste au drame d’une dislocation, d’un démembrement, sur un fond existentiel où tout l’être est transi, il est question aussi de la persévérance dans le monde hostile, il est question d’une bague aux pouvoirs mystérieux et d’un cœur que la déréliction n’a pas entamé. Là où Pétrarque parlait de la poésie sous les traits adorables de Laure, Reverdy, à l’aube du XXe siècle, en a parlé sous les traits d’une petite poupée accidentée que le vent d’hiver secoue et qui danse dans le froid brutal.

Pierre Reverdy, de Jean-Baptiste Para (éd. Culturefrance, Ministère des Affaires étrangères, Paris, novembre 2006, p. 49).

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16 Comments

  1. Textes produits ce matin par un groupe d’élèves de 6e du collège Yves Klein à la Colle-sur-Loup (06). Référent Véronique Lebaron.

    Ma tétine-fétiche me consolait chaque fois que je pleurais. Mais un jour mon oncle me l’a prise. Il est parti avec, en disant que je n’en avais plus besoin. J’en fus chagrinée. Cela m’a déchiré le cœur, et quand j’ai pleuré, rien ne pouvait me consoler. Ma vie a basculé et cet instant reste marqué au plus profond de mon cœur, en un endroit où personne ne pénètre.
    (Lou)

    *

    Quand j’étais petite, mon jouet fétiche était une poupée Barbie. Je m’en servais pour frapper mon frère, et quand je me sentais malheureuse, je lui brûlais les cheveux pour me détendre. Je ne la remercierai jamais assez.
    (Yasmine)

    *

    Mon jean, mon jean est tout le temps sur moi depuis mes sept ans. Mais un jour, quand je l’ai enfilé, mon petit pied l’a troué. Et, depuis, ma mère ne veut plus que je le porte.
    (Lisa)

  2. Textes produits ce matin par un groupe d’élèves de 6e du collège Maurice Jaubert à Nice. Référent Rose Chand.

    Ma poupée a les mains aussi douces que des nuages
    Elle me regarde toute la nuit avec son visage d’ange
    Elle a un cœur brillant comme du diamant
    Elle est flamboyante comme Pégase.
    (Ismail)

    *

    Voiture de mes rêves
    Direction l’horizon, mon cœur bat plus fort
    Comme un cheval qui galope dans les prairies dorées
    J’ai peur de voir la réalité en face
    Quand je ne suis plus avec elle
    Mes rêves s’effacent.
    (Dane & Rayan)

    *

    Ô petit lapin rose et blanc
    Tu ressembles à un sucre d’orge
    Tellement tu es mignon
    Je t’emporterai dans la belle ville de Saorge
    Je t’emmènerai dans cette ville magique
    Où les rêves deviennent réalités
    Toi qui es tellement charismatique
    Songes-tu à l’impossible ?
    (Soraya)

    *

    Jouet d’enfant
    Je me rappelle de nos bons moments
    Tu avais une forme bizarre
    Mais cela te rendait unique

    Quand j’avais peur du noir
    Tu me regardais avec un sourire magnifique
    Ta fourrure blanche comme neige
    Et les yeux aussi pétillants que le soleil

    Plus les années passaient
    Plus tu t’es dégradé
    Et j’ai dû te quitter

    Mais avant de te jeter
    Mot pour mot je t’ai répété
    « Au revoir Doudou préféré »

    (Nazad)

    1. Coucou tout le monde deviner qui suis-je?
      Indice:je fait partie du collège Maurice Jaubert et je suis dans la classe de la 6ème5
      avec Mme Chand.
      Bonne chance pour me retrouver.
      O_O =) =( ❤

    1. ouai franchement moi aussi j’adore mais plus que l’expression du « chapeau ».
      Ca a dut demender de l’imagination pour faire ce poème qui a dut tuer le cerveau.

    1. Je suis heureux que ce site te plaise, et qu’il te donne envie d’en fabriquer un à ton tour. La construction demande un peu de savoir-faire, de préparation, mais cela s’apprend. Nous pourrions imaginer d’organiser un stage dans ton collège, ou à la bibliothèque Léonard de Vinci. Mais surtout, ce que tu dois savoir, c’est que les outils qui permettent de fabriquer un site de ce genre sont tous gratuits. Ils sont à la libre disposition des jeunes gens qui ont du courage et du goût, et qui savent respecter quelques règles de bonne conduite. Ce qui me semble être ton cas. On en reparle bientôt…?

  3. Ce texte qui semblait difficile aux élèves du LP Vauban à Nice s’est révélé après quelques explications fort apprécié ! On termine la semaine prochaine…

  4. Merci beaucoup pour cette très belle intervention à la bibliothèque Camille Claudel ce matin.
    Les enfants étaient enchantés, les ados conquis et les adultes ravis !!
    A très bientôt !

  5. 3 petits textes proposés par Julian M.-R., élève de 6e au collège Le Pré des Roures (Le Rouret, 06)

    Petit tigre
    Rayonne grâce à ses bandes de couleurs
    Attire tous les animaux du monde
    Tous les animaux en tombent amoureux
    Il ne sait choisir
    Au dernier moment, il rencontre une tigresse très jolie

    Petit oiseau
    Quelles belles couleurs
    On dirait un arc-en-ciel joli
    Plus joli même que le vrai arc-en-ciel
    Même plus beau que le coucher du soleil

    Petit hibou
    La nuit vous volez comme si c’était le jour
    Le jour vous volez comme si c’était la nuit
    Je ne suis pas comme les autres
    Je suis différent

  6. Lors de la rencontre au Labo Cité de Genève le 6 février, nous avons partagé autour de ce m@p. Des textes ont été rédigés à partir des écrits de chacun:

    Laura:
    Petite maman, jeune enfant, elle se délite à petit feu au fil du temps.
    Elle perd le pied, se laisse envoler, froisser, déchirer. Elle a aussi perdu la tête. Mais son corps reste, elle a perdu son pouvoir.
    L’hiver elle frappe à la vitre de A. son petit pied fuselė, L. chante de mélancolie, d’effroi pour oublier son cœur de glace porte-malheur.
    P. La nuit, elle sème ses trilles, suppliques aux étoiles.

    Ève:
    Petit insecte, coccinelle porte-bonheur au fil du vent.
    La pluie a dėcuplė sa robe, sa bisque et ses reins qui dodotent. Elle a même perdu une cosse. Mais sa cosse reste, et, avec elle, son bisque.
    L’hiver elle frappe à la vitre de son petit pied fuselé de bleu et danse, danse de joie, de joie, de froid pour réchauffer son cœur, son cœur, mais que dit son cœur, qui omet de dire que l’on est soit poulpe soit homard.
    Elle a perdu son corps en papier mais son cœur elle l’a gardé pour faire un nouveau corps en papier et l’attacher avec un fil de soie pour ne jamais perdre le pied.La nuit, elle sème ses trilles, suppliques aux étoiles.

    Pascal:
    Who said lobsters mate for life?
    Jeune enfant, Petite poupée en papier en robe de soie, effluve porte-bonheur, elle se déploie à ma fenêtre au fil du temps.
    La pluie à rouillé son vol, sa tête et ses mains, et ses reins qui dodotent. Elle a perdu la tête. Mais son corps reste et avec lui son pouvoir.
    Été comme hiver elle regarde par la fenêtre de son joli air fatigué d’ennui et chante, chante de mélancolie, danse de joie, de froid pour réchauffer son cœur. Elle perd le pied.
    La nuit, elle danse. Il est né le divin enfant !

    Laura:
    Petite poulpe en papier en robe de soie, elle se débat à ma fenêtre au gré du vent.
    La pluie a mouillé sa robe, sa tête et ses mains qui déteignent. Ce froid qui la transperce, la bise qui la décoiffe.
    L’hiver elle frappe à la vitre de son petit bec faussé de bleu et danse. Elle a même perdu une antenne, mais sa tête reste, et avec elle, Sa vie.
    La nuit, elle danse en pensant à son homard. (Who said lobsters mate for life?) *qui a dit que les homards restent ensemble/s’accouplent pour la vie ?

  7. Le 6 février 2015, au Labo Cité, à la bibliothèque de la Cité de Genève, ce m@p a été présenté et a donné suite à une écriture tout d’abord individuelle, puis collaborative. Voici les écrits issus de cette journée:
    Textes issus du m@p au labo cité:

    Mehdi :
    La pluie a mouillé sa robe, sa tête et ses mains qui déteignent. Elle a même perdu une jambe. Mais sa bague reste, et, avec elle, son pouvoir.

    Alex:
    Petite poulpe, perpetuante porte-bonheur, elle se débat à ma fenêtre au gré du vent. La pluie a décuplé sa robe, sa bisque et ses reins qui dodotent. Elle a même perdu une cosse. Mais sa cosse reste, et, avec elle, son bisque. L’hiver elle frappe à la vitre de son petit pied fuselé de bleu et danse, danse de joie, de joie, de froid pour réchauffer son cœur, son cœur, mais que dit son cœur, qui omet de dire que l’on est soit poulpe soit homard.

    Sylvain :
    Petit prout, effluve porte-bonheur, tu te débats à ma fenêtre au gré de mes intestins. Les flageolets ont huilé mon estomac, mon côlon, et mes sphincters qui se contractent. Petit prout, tu as pris ton élan, mais ton parfum reste et avec lui son pouvoir. Été comme hiver tu frappes le tambour de mes fesses de ton souffle habité de souffre d’œuf pourri et danse, danse de joie, de chaleur pour réchauffer l’air, embaumer la pièce de tes effluves pestilentielles. La nuit, petit prout, tu fais un petit bruit sifflant et je crie: amen! Il est né le divin enfant !

    Zélia :
    Petite poupée en papier en robe de soie. Soit elle danse, soit elle fonce dans le froid. Ce froid qui la transperce, la bise qui la décoiffe. Elle perd le pied, se laisse envoler, froisser, déchirer. Elle a perdue son corps en papier mais son cœur elle l’a gardé pour faire un nouveau corps en papier et l’attacher avec un fil de soie pour ne jamais perdre son pied.

    Patricia-Emmanuelle :
    Petite houpée, bergeronnette porte-bonheur, elle se débat à ma fenêtre au gré du vent. La pluie à rouillé son vol, son armure et ses plumes qui s’éteignent. Elle a même perdu son tremble. Mais sa fougue reste, et, avec elle son pouvoir. L’hiver elle frappe à la vitre de son petit bec faussé de bleu et danse, danse de joie, d’effroi pour réchauffer nos cœurs, cœurs aux abois heurte-bonheur. La nuit, elle sème ses trilles, suppliques aux étoiles.

    Laura :
    Belle enfant, jeune mère-grand, elle se délite à petit feu au fil du temps. Les années ont noyé son visage, ses formes et ses rêves qui disparaissent. Elle a aussi perdu la tête. Mais son corps reste, et, avec lui, son essence. Maintenant elle regarde par la fenêtre de son joli air fatigué d’ennui et chante, chante de mélancolie, de froid pour oublier son cœur de glace porte-malheur. La nuit, elle lève ses bras suppliants vers les étoiles. Librement inspiré de Fétiche de Pierre Reverdy

    Ève :
    Petit insecte, coccinelle porte-bonheur elle se déploie à ma fenêtre au fil du vent. La neige a arrosé sa robe, ses ailes et ses points qui disparaissent. Elle a même perdu une antenne, mais sa tête reste, et avec elle, Sa vie. L’été elle vole à la vitre de sa couleur vive rouge et danse de joie, de joie, pleine de gaîté pour réchauffer ton cœur, c’est ton porte-bonheur. La nuit, elle vole, ses antennes s’élèvent vers les étoiles. Inspiré par Fétiche de Pierre Reverdy.

    Et les textes écrits à partir des précédents:

    Laura:
    Petite maman, jeune enfant, elle se délite à petit feu au fil du temps.
    Elle perd le pied, se laisse envoler, froisser, déchirer. Elle a aussi perdu la tête. Mais son corps reste, elle a perdu son pouvoir.
    L’hiver elle frappe à la vitre de son petit pied fuselé, chante de mélancolie, d’effroi pour oublier son cœur de glace porte-malheur.
    La nuit, elle sème ses trilles, suppliques aux étoiles.

    Ève:
    Petit insecte, coccinelle porte-bonheur au fil du vent.
    La pluie a décuplé sa robe, sa bisque et ses reins qui dodotent. Elle a même perdu une cosse. Mais sa cosse reste, et, avec elle, son bisque.
    L’hiver elle frappe à la vitre de son petit pied fuselé de bleu et danse, danse de joie, de joie, de froid pour réchauffer son cœur, son cœur, mais que dit son cœur, qui omet de dire que l’on est soit poulpe soit homard.
    Elle a perdu son corps en papier mais son cœur elle l’a gardé pour faire un nouveau corps en papier et l’attacher avec un fil de soie pour ne jamais perdre le pied.La nuit, elle sème ses trilles, suppliques aux étoiles.

    Pascal:
    Who said lobsters mate for life?
    Jeune enfant, Petite poupée en papier en robe de soie, effluve porte-bonheur, elle se déploie à ma fenêtre au fil du temps.
    La pluie à rouillé son vol, sa tête et ses mains et ses reins qui dodotent. Elle a perdu la tête. Mais son corps reste et avec lui son pouvoir.
    Été comme hiver elle regarde par la fenêtre de son joli air fatigué d’ennui et chante, chante de mélancolie, danse de joie, de froid pour réchauffer son cœur. Elle perd le pied.
    La nuit, elle danse. Il est né le divin enfant !

    Laura:
    Petite poulpe en papier en robe de soie, elle se débat à ma fenêtre au gré du vent.
    La pluie a mouillé sa robe, sa tête et ses mains qui déteignent. Ce froid qui la transperce, la bise qui la décoiffe.
    L’hiver elle frappe à la vitre de son petit bec faussé de bleu et danse. Elle a même perdu une antenne, mais sa tête reste, et avec elle, Sa vie.
    La nuit, elle danse en pensant à son A. homard. (Who said lobsters mate for life?) *qui a dit que les homards restent ensemble/s’accouplent pour la vie ?

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