Baudelaire (Ch.), La servante au grand cœur…

Commentaire : La servante, la maîtresse… et l’illusionniste

La servante au grand coeur dont vous étiez jalouse,
Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse,
Nous devrions pourtant lui porter quelques fleurs.
Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs,
Et quand Octobre souffle, émondeur des vieux arbres,
Son vent mélancolique à l’entour de leurs marbres,
Certe, ils doivent trouver les vivants bien ingrats,
À dormir, comme ils font, chaudement dans leurs draps,
Tandis que, dévorés de noires songeries,
Sans compagnon de lit, sans bonnes causeries,
Vieux squelettes gelés travaillés par le ver,
Ils sentent s’égoutter les neiges de l’hiver
Et le siècle couler, sans qu’amis ni famille
Remplacent les lambeaux qui pendent à leur grille.

Lorsque la bûche siffle et chante, si le soir,
Calme, dans le fauteuil, je la voyais s’asseoir,
Si, par une nuit bleue et froide de décembre,
Je la trouvais tapie en un coin de ma chambre,
Grave, et venant du fond de son lit éternel
Couver l’enfant grandi de son oeil maternel,
Que pourrais-je répondre à cette âme pieuse,
Voyant tomber des pleurs de sa paupière creuse ?

Les Fleurs du mal (1857)

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7 Comments

  1. Seule avec la mort pour unique compagne
    La pauvre servante vit dans nos mémoires encore
    Même si la mélancolie peu à peu y gagne
    Et de Cythère s’approchent peu à peu nos corps

    Face à celui qui nous guette, le terrible funeste
    Nous pouvons réagir avec l’âme qui nous reste
    Pour aborder en confiance vers notre létal destin
    Matérialisons nos mémoires, construisons des moulins

    Faisons les tourner avec l’énergie de l’enfance
    Souvenirs de passés mythifiés, avenir d’une nouvelle école
    Soufflons l’esprit nouveau, libérons les paroles
    Pour qu’ensemble pensées et saisons recommencent

    C’est ainsi que les plus belles de leurs ailes nous apportent
    Des clefs pour d’autres cieux, pour de meilleures portes.

  2. De ce poème je n’aime que les deux premiers vers. Je les ai toujours lus comme un hommage à ma chère marraine qui m’éleva, les mots « humble » et « grand cœur » me semblent exister à travers son souvenir. J’irai demain lui porter quelques fleurs.

  3. Je n’ai l’intention de hanter personne, ni de me transir jusqu’aux os éternellement. Moi qui suis éternellement gelée, je partirai en fumée, et mon petit tas rejoindra les eaux grecques ou les mousses japonaises, je n’arrive pas à me décider.

  4. Bon, il est 19:00, et l’audace de composer un sonnet encore ne se discute pas… Olivier est le gagnant des 25 € de livres… Merci aux deux autres participantes, et surtout notez bien que dimanche, un autre Défi m@p est programmé, avec des livres à gagner.

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