La voix de Marie Richeux

En sortant du collège du Rouret, il est seize heures, j’ai retrouvé la voiture et tout de suite allumé la radio pour écouter, sur France-Culture, la voix de Marie Richeux. Des bribes de soir flottaient déjà sur cette petite vallée du Loup qu’il s’agit de descendre jusqu’à l’éclaircie soudaine de la mer, et dans les lents virages de la route obscure où, chaque fois, je crains de m’endormir, j’écoutais le « grain de sa voix » (Roland Barthes aurait aimé l’entendre), une diction insistante et parfaite dont la beauté tient d’abord au souci de précision, de simple exactitude qui porte le propos. La journaliste interroge des invités presque toujours plus âgés qu’elle et plus savants, et l’attention qu’elle leur porte paraît en chaque cas intacte, toute de présence à l’autre et d’attention, la grâce d’une jeune dame des premiers temps de l’humanisme qui, au hasard des allées d’un jardin, oserait interrompre Pétrarque dans sa promenade pour l’interroger sur le sens profond (philosophique) d’un sonnet de lui qu’elle a lu. Et d’abord elle le cite, ce qui l’oblige, elle, provençale, à parler toscan: « Quel rosignuol che sì soave piagne / Forse suoi figli o sua cara consorte… » Merveille de la langue.

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