La ligne programmatique d’Irina Brook

Banquet-Shakespeare
Depuis le 25 septembre s’est ouvert la « mandature » Irina Brook au Théâtre National de Nice. Loin d’être une collection de spectacles, cette programmation possède une véritable colonne vertébrale, une ligne éditoriale, en quoi l’on peut comprendre un ensemble de choix et de décisions d’ordre moral (ou éthique) autant qu’esthétique. Et lorsque l’on considère la saison actuelle, il apparait à l’évidence que cette colonne vertébrale est fournie par Shakespeare, qu’Irina connait bien, et dont elle veut faire un rendez-vous à chacune de ses saisons.

On trouve dans le théâtre anglais ce que j’appellerai une « british touch », qui consiste tout à la fois en une manière allègre, voire impertinente – ce qui ne me dérange pas – de s’emparer de Shakespeare, et un art du mélange. Une manière typically british, isn’it? Et c’est celle qui fait la différence entre l’apparent fouillis du jardin anglais et le sage ordonnancement.

Mais Irina Brook est aussi metteur en scène d’opéra. Et je voudrais vous faire part d’une réflexion. J’ai toujours eu cette impression devant ses mises en scène de théâtre – peut–être pas toutes, mais la plupart d’entre elles – d’assister à un opéra – sans doute à cause de l’importance plus grande accordée à l’expression corporelle plutôt qu’à l’interprétation psychologique.

Dès le premier spectacle, Peer Gynt, Irina frappe fort. C’est un spectacle vivant au sens fort du terme. C’est un conglomérat d’arts d’où jaillit un autre art. Si je devais l’appréhender, c’est-à-dire le saisir par l’esprit, je dirais qu’il s’inscrit en droite ligne d’avec les représentations du théâtre antique grec. De la confrontation du verbe, de la danse, de la musique, de ce creuset jaillit un nouvel art, qui est le théâtre lui-même.

Nous sommes au milieu du gué de ce festival Shakespeare, « Shake Nice », que je rebaptiserai – Irina me le pardonne – « Looking around Shakespeare ». Je vous recommande l’excellent « Banquet Shakespeare » d’Ézequiel Garcia-Romeu que j’ai déjà vu par ailleurs. Il s’agit d’un voyage hallucinatoire au pays des rois du grand Will. Assise à un pupitre faiblement éclairé, au bord d’un dispositif en forme de cratère, une femme (Odile Sankara, exceptionnelle) nous attend. Le lieu, c’est le sien, son théâtre rond comme Le Globe de Shakespeare. De ce cratère, ou plutôt tout autour, va surgir, via de minuscules bouches, la lave incandescente de la langue de Shakespeare.

Il y a un lien organique entre l’œuvre d’Ézequiel Garcia-Romeu et la chose écrite : dans « Banquet Shakespeare », c’est le livre de Jan Kott, « Shakespeare, notre contemporain », qui lui a servi de fil rouge. Jan Kott y explique ce qu’il appelle « le grand mécanisme » (en quoi consistent la prise du pouvoir, son exercice et sa chute).

Les dates, les horaires et les réservations sur le site du TNN.
Ich

Jacques Barbarin

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