Dom Juan joué par les clowns

Dom Juan
Ah flûte alors ! Encore un Dom Juan! À quelle sauce l’ont-ils mangé, cette fois-ci, pour faire « moderne »? Quelle « grille de lecture »? Quel « dépoussiérage »? Rassurez-vous, si ce Dom Juan a bien sa petite musique à lui, elle est allègre et enjouée.

Cette œuvre est le fruit d’une rencontre comme on en aimerait plus souvent. D’abord, la compagnie Miranda. Elle est composée de professionnels mais c’est aussi une « bande » unie comme les doigts de la main: cette « communauté du faire ensemble » s’est toujours ressentie dans ses travaux, dans ce Dom Juan elle est à leur apogée.
 La deuxième partie du binôme, c’est le metteur en scène, Mario Gonzalez. Né au Guatemala, il travaille avec Ariane Mnouchkine dans la troupe du « Théâtre du Soleil » où il reste plus de 8 ans. Spécialiste du masque et de la Commedia dell’arte il se passionne pour la pédagogie et enseigne aux quatre coins du monde. 
C’est d’ailleurs au cours d’un stage sur le jeu masqué de Mario Gonzalez au « Cube » le centre de formation de la compagnie Miranda, qu’ils ont « pris langue » pour rêver ce Dom Juan. La mise en scène, de Mario Gonzalez redonne des couleurs à Monsieur Poquelin et ses vraies lettres de noblesse théâtrale à un Molière enfin vivant, vraiment vivant. La poussière compassée des soi-disant gardiens du temple enfin balayée. D’abord je monte le spectacle sans nez. Et quand le spectacle est prêt, alors on met le nez. Avec le nez, ça ne fait qu’agrandir tout. Qu’est-ce que tu veux de plus clown qu’un type qui passe d’une fille à l’autre? Mais c’est pas sérieux, ça! Quand on voit Elvire à ce point bafouée, à ce point humiliée… on rit de celui qui tombe (Mario Gonzalez).

Dom Juan, Acte V: « …l’hypocrisie est un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour vertus. Le personnage d’homme de bien est le meilleur de tous les personnages qu’on puisse jouer aujourd’hui, et la profession d’hypocrite a de merveilleux avantages. C’est un art de qui l’imposture est toujours respectée; et quoiqu’on la découvre, on n’ose rien dire contre elle. »

Au moment de cette tirade, Thierry Surace, en Don Juan, ôte son nez rouge et reprend sa voix pour nous faire saisir, oh sans trop forcer, la modernité du propos. Je pense à la célèbre phrase: « Cyrano! Reprenez l’accent de Bergerac! » Tiens! et si Miranda jouait Cyrano de Bergerac? Mis en scène par Gonzalez, bien sûr.
 Alors, quand en plus, les comédiens de la Cie Miranda collent au texte et à sa signification première, à la mise en scène précise, mais souple, sans lourdeur aucune et qu’en prime, ils partagent avec nous, les spectateurs, leur plaisir, que dis-je, leur joie d’être là, à « jouer » – le verbe prend tout son sens – j’aime le théâtre de tout mon cœur!

J’ai vu ce Dom Juan la saison dernière, j’ai repris mes notes: faîtes moi ce petit plaisir, ne manquez pas l’une des représentations qu’ils donnent. C’est du bonheur assuré.

Dom Juan joué par les clowns, par la compagnie Miranda, Théâtre de la Cité, 3, rue Paganini Nice – Tél.: 04.93.16.82.69. Les vendredi 6 et samedi 7 février à 21h, dimanche 8 à 15h.
Ich
Jacques Barbarin

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