Réponse à Pierre Frackoviak. Contre l’exclusion de l’hypothèse démocratique

Questions de classe(s) propose un article de Pierre Frackoviak, d’abord publié sur le site de Philippe Meirieu, intitulé Impensable que la gauche puisse soutenir la continuité avec les pratiques ultra libérales autoritaires des années 2007-2012 (LIEN). Texte étonnant, où l’auteur accuse la droite sarkoziste d’avoir renforcé un mode de gouvernance à la fois étatique et autoritaire de l’éducation. Et où il déplore que la gauche hollandienne, au lieu de « refonder l’école » comme elle l’avait promis, ne fasse pas mieux, refusant en particulier de réformer le système d’inspection.

L’auteur dénonce ainsi, avec une belle impartialité, les « méchants » responsables politiques de droite et de gauche. Grâce à quoi il évite d’aborder la question, pourtant indispensable, qui consiste à se demander si un autre mode de gouvernance serait possible, qui s’avèrerait peut-être (pourquoi pas, après tout) à la fois plus efficace et plus humain.

À la place de ce que nous connaissons, quelque chose de plus naturel. De plus moderne et de plus écologique. Cela peut-il donc exister?

Il n’est pas nécessaire d’être doué d’un génie politique hors du commun pour entrevoir la solution. Car l’école est le dernier grand secteur d’activité gouverné de manière centralisée et technocratique par l’état. Ce qui veut dire que si nous voulons changer son mode gouvernance – ce qui semble indispensable, en effet, et urgent -, ce ne peut être qu’en appliquant ici ce qui marche (mieux) ailleurs, à savoir en accordant beaucoup plus de pouvoir, voire tout le pouvoir, aux établissements.

L’école n’a qu’un avenir : celui d’un fonctionnement enfin démocratique administré par les conseils d’établissements. Et si, en dépit de toutes les difficultés que rencontre le système actuel, il n’est pas réformé dans ce sens, ce n’est pas parce que les « méchants » responsables politiques de droite et de gauche s’y refusent, ni même la haute administration, mais bien parce que la moindre velléité affichée par le ministère d’aller dans ce sens aurait pour conséquence immédiate de faire descendre dans la rue des centaines de milliers d’enseignants à l’appel de leur syndicat majoritaire.

Des enseignants aussitôt rejoints d’ailleurs par des élèves de tous âges, supplétifs les plus nombreux, les plus turbulents et les plus dangereux de cette armée vouée à la défense de la Cause étatiste.

Le débat concernant notre système éducatif est aujourd’hui bloqué par l’exclusion de l’hypothèse démocratique. Et cet état de fait est l’une des causes principales de l’asthénie, de l’aboulie dont souffre notre pays. Sans doute aussi le principal défi qu’il a à surmonter.

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