TNN. Bilan d’étape

Shakespeare e le nuvole
Quand j’entends le mot festival… C’est bien, un festival, on voit – et on vit – des tas de choses. Mais vous savez, il y a aussi le côté « il faut voir absolument ce spectacle… » Presqu’un léger ennui peut s’en dégager

Même Avignon. Pourtant… « Si jamais je t’oublie, Avignon, que ma main droite oublie de se mouvoir ! Que ma langue s’attache à mon palais, si je cesse de penser à toi, si je ne mets pas Avignon au premier rang de mes joies! » Mais peut-être les festivals ont oublié la fête pour se réduire à de simples catalogues. 
Point n’est le cas avec le festival Shake Nice qui vient de s’achever au Théâtre National de Nice.

Shake, en anglais, c’est secousse. Nice (prononcer Naïïïce) c’est agréable. Une traduction littérale donnerait donc : « secousse agréable ». Je préférais « électrochoc salutaire ». Depuis la fin janvier nous avons subi, à l’insu de notre plein gré, un électrochoc salutaire. Chaque spectacle était une fête. 
Nous, français, nous cartésiens, on nous offrait une promenade au gré de notre fantaisie, de notre vouloir, de notre humeur. Allez, soyons comptables et comptables contents. Je ne parlerai que de ce que j’ai vu, car par deux fois il m’est arrivé de n’y être pas. Deux Shakespeare, l’irradiante tempête et l’heureuse nuit des rois. Le bonheur des sonnets. La subtilité des notes macbethiennes. L’intelligence sensible du banquet. Et la fantasmagorie des nuages.

C’était donc le dernier spectacle, Shakespeare e le nuvole. Shakespeare et les nuages, donc, de et par Bustric. Ce dernier est un acteur italien, qui a étudié le mime à l’école Étienne Decroux. Ce spectacle est celui d’un acteur exubérant amoureux des mots de Shakespeare, pour qui ceux-ci sont autant de nuages. Il va se promener de Hamlet en Macbeth, de Richard III en Othello via Prospero, de cumulus en stratus. Mais seuls les enfants savent ceux que sont les nuages. 
Derrière les mots, les images sont comme des nuages poussés par le vent, nuages qui se transforment en histoires et en personnages. Bustric se perd dans les souvenirs confus, Shakespeare e le nuvole devient l’endroit d’une rencontre inattendue et magique. 
Shakespeare e le nuvole est exubérant, empli d’une « débordance » (si j’ose) d’amour, d’une générosité, d’une empathie de la part de Bustric qui se communique comme un fil inextinguible avec les spectateurs.

On en oublie très vite son savoir-faire (mime, magicien) pour ne considérer que son faire savoir, savoir aimer, savoir partager, savoir donner et bien sûr savoir recevoir. Il est la sincérité même sous le visage de l’apparent cabot ? « J’avance masqué », comme dirait Descartes. 
Et maintenant? Bon, on va souffler un peu. Le TNN aussi.

Vous pouvez tenir jusqu’au 11 mars? Cela vous fera du bien, parce que, du 11 au 14, c’est du lourd : Les Atrides* dans tous leurs états. Agamemnon, Electre, Oreste. Sont convoqués : Euridipe, Eschyle, Sophocle et le metteur en scène, Cyril Cotinaut. Je vous aurais prévenu, du lourd, je vous dis.

IchJacques Barbarin
* Dans la mythologie grecque, les Atrides sont les descendants d’Atrée. Cette famille était maudite par les dieux car le grand père d’Atrée, Tantale, fit manger à ceux-ci le corps de son fils Pélops. Le destin des Atrides fut marqué par le meurtre, le parricide, l’infanticide et l’inceste.

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