Les enfants d’Atrée, de Cyril Cotinaut

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Ma précédente chronique portait sur Rébétiko Ménélas Rapsodie. Mais, la semaine dernière, la Grèce Antique était également présente au TNN avec une trilogie, Les enfants d’Atrée.
 Sont convoqués à la barre : Eschyle, Sophocle et Euripide. On vous aura prévenu, c’est du lourd. Au gouvernail, le metteur en scène Cyril Cotinaut. L’équipage est assuré par les comédiens du Tac-Théâtre.

Depuis 2009, Cyril Cotinaut est professeur de la Classe d’Art Dramatique du Conservatoire de Nice. Depuis 2010, il est intervenant artistique pour le Théâtre National de Nice et au sein de la Licence Arts du Spectacle / Université de Nice.
 En 2011, il met en scène Electre, de Sophocle. Deux saisons plus tard, c’est Oreste, d’Euripide. Sa nouvelle création, cette saison, c’est Agamemnon, d’Eschyle. Irina Brook lui demande de reprendre le tout. Ce qui fût fait samedi 14.

Oh le bonheur ! 5 heures de théâtre ! On se serait cru en Avignon. TAC signifie Théâtre de l’Acteur en Création. C’est donc l’Acteur qui est au centre des Créations de Cyril Cotinaut. Et donc le texte. Ici, point de colonnes doriques, d’afféteries de décors, de toges antiques. Le corps des acteurs, leur voix, le texte. Ici, tout est créativité.
 Mais je dois d’abord préciser que la notion de poésie n’est en effet pas la même dans le monde grec que dans la culture occidentale contemporaine. Le terme de poésie renvoie au verbe grec poeisis qui signifie faire, produire, transformer de la matière en avenir. La poésie se confond chez les grecs avec le pouvoir divin et les origines du monde. Puis revenons à nos moutons, plus exactement à nos acteurs.

Ceux-ci ont des vêtements de signifiance contemporaine, avec juste une désinence précisant le personnage. Les éléments de scénographie sont réduits à la plus simple expression mais prennent vie – et sens – selon l’imaginaire de chaque spectateur. Un rideau brisé peut se regarder comme une voile de navire. Voici un volume sur lequel on dépose une offrande et où l’on vient prier: c’est le tombeau d’Agamemnon. L’antenne d’un poste de radio connote une parole oraculaire. Qu’avons-nous besoin de plus ? Nous touchons l’archaïque du bout du doigt.

La force de conviction de ces jeunes acteurs est telle qu’ils prennent cette parole vieille de vingt cinq siècles et nous la tangibilsent (dites-moi pourquoi je n’inventerai pas le verbe « tangibiliser » ?). Cette parole pure devient pour nous sens et réalité. Quand ils nous parlent des dieux, ils ne nous font pas voir des choses abstraites, mais une concrétude. Nous sommes éperdument – et à chaque seconde – dans le sens tragique de la vie, dans le fatum. D’ailleurs, 25 siècles plus tard, les familles se déchirent toujours, les hommes font toujours la guerre aux hommes, et les dieux ont soif.

Citer ces acteurs est une ardente obligation : Julien Aubrun, Aymeric Chapuis, Marie-Laure Communal, Cyril Cautinaut, Catherine Haregraeves, Nolwen Le Doth, Yann Lheureux, Julie Palmier, Pierre-Benoist Varoclier, Cyrille Voguet, et la participation de Séréna Allassia. Une mention spéciale pour les lumières d’Emmanuel Pestre. À souligner enfin un travail de dentelle sur la composition de la bande son.

Si vous avez raté la chose (à Nice), vous avez une séance de rattrapage le samedi 11 avril au Forum Jacques Prévert de Carros. Renseignements et réservation sur son site.

IchJacques Barbarin

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