Un cerf au haut du champ

L’enfant est assis dans une salle de classe
et il écrit, tête inclinée sur son cahier
et vu dans la proximité tendre
de sa nuque, dans l’air parfumé
de l’après-midi, comme un adulte
se tient debout derrière lui et porte
en passant un regard sur le cahier ouvert
dans quel silence, à la plume qui crisse
sous un tableau d’ardoise noire
où sont tracés à la craie blanche les mots
du texte qu’il copie, qui est celui d’une poésie
ou d’un fragment de conte.

Et des fenêtres ouvrent sur la cour,
à peine masquées par des rideaux de toile
blanche qui bougent, soulevés par l’air tiède
et parfumé de l’après-midi. Espace barré
de grands platanes aux troncs blanchis
par la lumière. Un arrosoir. Un rectangle
de terre sombre, binée par les enfants où
poussent des légumes. Puis,
sitôt derrière la grille, un champ
partagé mi-ombre mi-soleil
que closent au plus haut les premiers arbres
de la forêt. Leur surveillance. Leur rang
obscur comme celui d’une armée.

Des animaux habitent la forêt. Les mêmes
qui habitent (se retrouvent à peine
masqués, brouillés de branches et d’ocellures)
dans la poésie ou le fragment de conte
que l’enfant recopie. Animaux qu’il
peinerait à reconnaître sous sa plume. Si
l’un parfois. Un cerf. Ne sortait de la forêt
pour prendre la gloire du soleil. Arrêté,
immobile, posant au haut du champ comme
pour la photo, et que l’enfant, tournant
de son cahier un bref instant la tête,
aperçoit. Qu’ils se voient.

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