Deux prénoms de femmes

Au premier étage de l’hôtel
fenêtre grande ouverte.

Les feuilles d’un bananier
frôlent la rambarde.

Une femme de ménage
bras tendus en avant
et le drap blanc qui flotte
pour ne plus se poser.

La pluie est proche.

* Ce que l’on peut noter de plus insaisissable et qui suppose la plus grande vitesse. Nous rejoint le matin dans la salle à manger de l’hôtel. Personne ne se préoccupe alors de se forger ni d’émettre aucune opinion sur le monde. Encore moins de connaître celles des autres. Recoud en souriant quelques bribes de généalogie. Les mains jointes devant soi comme pour un tricot disparu de ses mains. Escamoté. Comme un chat. Une colombe immobile. Tiens-toi tranquille. Envole-toi. Décapitation d’un bandit sur la place du village où tout le monde accourt. Énumère les prénoms des fratries compliquées d’enfants adultérins. Les fuites vers le continent, puis les retours sur l’île. Tardifs (lorsque l’on n’est plus soi). Un jour il le rencontre dans la rue et croit se voir lui-même. Son propre portrait qui le dévisage à travers le temps nié de l’exil. Elle raconte avec le même accent que ta grand-mère (l’autre prénom) et le fin sourire. Dire que je n’ai pas eu souci de déclencher l’enregistreur, ni de faire une photo.

Advertisements

Posted In:

2 Comments

  1. L’absence de tous les référents connus du seul narrateur (ou de ses intimes) confère un caractère universel et un ton nostalgique à l’évocation de ces souvenirs. S’effacer, en l’occurrence, rend visible. Il y de cela dans les chansons de Leonard Cohen.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s