Jabès (E.): La calligraphie est un art de vivre

 « La calligraphie est un art de vivre, le plus aristocratique », notait Reb Debbora.
Ceux qui s’appliquent à bien former leurs lettres, dont les mots sont scrupuleusement dessinés, sont des êtres comblés. Ils dorment et s’éveillent dans des palais. Les autres sont des êtres tourmentés. Leur univers est informe, sujet à mille interprétations, prétexte à toutes les métamorphoses. Les voyelles, sous leur plume, ressemblent à des museaux de poissons hors de l’eau que l’hameçon a percés; les consonnes à des écailles dépossédées. Ils vivent à l’étroit dans leurs actes, dans leur taudis d’encre. L’infini les hante et seul peut les sauver, comme se sauve le grain de sable qui réussit à devenir une étoile.

Edmond Jabès, Le Livre des Questions, I, Gallimard, coll. « L’Imaginaire », n° 197, pp. 72-73. [Extrait de Le Livre des Questions, 1963.]

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