Nous ne sommes plus des peuples de nations

On écoute Beethoven davantage aujourd’hui qu’on ne le faisait de son vivant, et cela non seulement aux États-Unis, en Australie ou au Japon, mais aussi bien dans toute l’Europe et jusqu’à Vienne, sans doute, où il était chez lui. Ce qui signifie que la mondialisation culturelle présente, en plus d’une dimension spatiale, une dimension temporelle qui nous permet de choisir, dans toute l’histoire de notre culture comme dans celle des autres cultures, ce que nous voulons entendre, voir ou lire à chaque moment de notre existence et dans tous les lieux où nous nous déplaçons.

Cet élément culturel définit notre cadre de vie. Car il se trouve encore que nous n’avons plus besoin d’aller au concert pour écouter Beethoven, ou de le jouer nous-même sur le piano de notre salon. Nous pouvons écouter des enregistrements de sa musique, chez nous, en nous livrant à toutes sortes d’activités, comme fait James Ellroy quand il écrit ses romans, ou en courant sur le bord d’une falaise, ou dans l’avion.

Sans doute sommes-nous moins attentifs à sa musique que ceux qui se déplaçaient et payaient pour l’entendre, ou qui lisaient ses partitions. Mais en accompagnant chaque moment de notre vie, celle-ci pénètre notre conscience. Elle l’habite.

En plus de quoi il devient très peu probable que nous écoutions la même musique que les personnes que nous côtoyons. Ou que nous lisions le même livre. Ou que nous regardions la même vidéo ou le même diaporama présentant la même exposition. Ce qui signifie qu’il est très peu probable que, dans un même lieu, nos états d’esprit s’accordent. Sauf la circonstance exceptionnelle d’un concert, dont le rendez-vous a été fixé ici où là et dont la durée (nocturne) sera celle d’un rêve ou d’un battement de cils, nous ne vibrons plus ensemble. Ou seulement à distance.

Nous vivons tous dans le même univers culturel global, en même temps que dans des univers particuliers totalement différents.

Beethoven n’est plus, Dieu merci, le compositeur que le peuple d’une nation se choisit pour emblème. Le Führer n’assiste plus à ses concerts dans des salles où tout le monde se lève quand il apparaît dans sa loge. La culture ne nous constitue plus en groupes territorialisés.

Nos dirigeants politiques ont du mal à l’admettre, comme on dit « à en faire leur deuil », mais si nous restons attachés à nos communautés de vie, nous ne sommes plus des peuples de nations.

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