Catulle, Vivamus, mea Lesbia…

Vivamus mea Lesbia, atque amemus,
rumoresque senum severiorum
omnes unius aestimemus assis!
soles occidere et redire possunt:
nobis cum semel occidit brevis lux,
nox est perpetua una dormienda.

Vivons, ma Lesbie, et aimons-nous.
Les médisances des vieillards sévères,
Estimons-les toutes pour un seul sou !
Les soleils peuvent mourir et réapparaître:
pour nous, quand la lumière éphémère disparaît soudain,
c’est toute la nuit éternelle qu’il nous faut dormir.

Publicités

8 Comments

  1. Si je peux me permettre, pas d’accord avec la traduction du dernier vers.

    nox est perpetua una dormienda.
    « c’est toute la nuit éternelle qu’il nous faut dormir »

    Cette « nuit éternelle » a des allures escatologiques et un peu sinistres (c’est-à-dire qu’on y reconnaît facilement la mort), or « una » dit bien qu’il ne s’agit pas d’une nuit particulière (« la ») mais d’une nuit dont les amants espèrent que l’aube ne viendra pas l’achever (la traduction sur la photo envoyée hier me semble plus juste). C’est un thème, si je ne me trompe pas à la reconnaître, qui sera repris par la lyrique médiévale, en particulier dans les albas provençales. Par exemple Giraut de Bornelh (http://www.trobar.org/troubadours/giraut_de_bornelh/poem54.php):

    Bel dous companh, tan sui en ric sojorn
    Qu’eu no volgra mais fos l’alba ni jorn, / que je voudrais que jamais ne fût l’aube ni jour

    Je traduirais plutôt par quelque chose comme

    c’est une nuit perpétuelle que nous avons à dormir

    (entre autres) ce qui est nettement plus réjouissant 🙂

  2. Merci, Michel, pour cette remarque… Du coup, j’en ajoute une autre. Je suis intrigué par le contraste que je vois, dans ce poème qui a été choisi par Patricia F., entre ces six premiers vers que nous avons reproduits et étudiés, qui me paraissent très denses et très beaux, et les six qui viennent à la suite, que ma lecture (nécessairement superficielle, je ne suis pas latiniste) me fait paraitre plus faibles, presque niaiseux et vulgaires. Je les rappelle ici:

    Da mi basia mille, deinde centum,
    Deinde usque altera mille, deinde centum,
    Dein, cum milia multa fecerimus,
    Conturbabimus illa, ne sciamus,
    Aut ne quis malus inuidere possit,
    Cum tantum sciat esse basiorum.

    Si, concernant ce contraste qui m’apparaît, quelqu’un peut éclairer et ainsi corriger ma vision, il me fera plaisir…

  3. Finalement, je retire mon commentaire, trop influencé par le souvenir des troubadours. Il semble bien à relire que l’interprétation eschatologique soit la bonne, j’avais trop négligé les deux vers précédents! Et « una » doit être compris comme « une seule ».
    Pour ta question, ça n’arrange rien, au contraire (mon interprétation – fautive – autorisait plus le badinage que celle qui place les jeux sous le regard de la mort… On reconnait dans la première et la seconde strophe les ancêtres des « lauzengiers », les envieux médisants, et on pourrait voir dans cette multiplication de baisers une façon de leur faire la nique).

    1. Je reviens sur la traduction de « perpetua nox » : « brevis lux » désigne métaphoriquement la vie et s’oppose à « una perpetua nox », la mort. Catulle insiste ici sur la disproportion entre la brièveté de la vie et la longueur du sommeil de la mort. Il ne faut pas oublier que Catulle est un épicurien, c’est donc une invitation à profiter de la vie.
      La répétition de « mille, centum, milia » dans la suite du texte, produit une sorte de vertige amoureux.
      Les poètes de la Renaissance ont souvent repris les motifs de cette littérature. Christian, je t’invite à aller lire un sonnet de Louise Labé (« Baise m’encor… ») qui utilise comme Catulle la thématique des baisers.

  4. Nox una dormienda : une seule nuit, une seule mort, les hommes ne renaissent pas, à la différence du soleil, quand on est mort, c’est pour toujours (perpetua). Une affirmation également réitérée chez Horace, par exemple, en opposition aux théories de la renaissance des âmes dans de nouveaux cycles de vie. La vie est courte, la mort est définitive. Donc vivons maintenant et vite, il n’y aura pas de seconde chance. C’est ainsi que je l’entends.
    Par ailleurs, c’est un fait que Catulle est souvent trivial. Les canons du « goût » que nous avons intégrés ne sont pas très latins.
    Bravo pour l’entrée de la poésie latine dans les m@p ! Et merci d’ouvrir un espace de discussion et de commentaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s