Réforme des collèges. Un silence assourdissant en arrière-plan du débat

Le 12 mai, sur le plateau de « 28 minutes », il est question de la réforme des collèges. Florence Robine, directrice générale de l’enseignement scolaire au ministère de l’Éducation nationale y est invitée. Elle défend le projet dont elle indique qu’il est conçu pour donner plus de liberté aux enseignants. Ce point paraît essentiel. Sans doute pourrait-on s’en tenir là. Ce projet de réforme tend à donner plus de liberté aux enseignants, et c’est en ce sens, et c’est dans cette mesure qu’il se justifie.

Encore faut-il savoir de quelle liberté l’on parle. Certains pourrait comprendre qu’il s’agit de faire en sorte que chaque enseignant se sente plus libre d’enseigner comme il croit juste et, finalement, plus commode de le faire. Cette interprétation serait fautive. Bien sûr. Les enseignants sont des professionnels, et notre système éducatif ne peut pas s’améliorer si chacun continue de faire comme il fait aujourd’hui – à peu près ce qu’il veut dans sa classe, sans craindre ni espérer le regard d’autres adultes, sans directives précisément adaptées à quelque public que ce soit, sans le conseil ni le contrôle de sa hiérarchie, sans le compagnonnage réel d’aucun collègue.

Non, la liberté dont il est question ici serait (sera, un jour enfin) celle des équipes. Dans tous les pays comparables au nôtre, une plus grande autonomie et une plus grande liberté sont accordées aux équipes enseignantes, pour la bonne raison qu’on reconnaît en elles, chiffres à l’appui, les conditions d’une plus grande efficacité. Les enseignants, à titre individuel, ne sont pas plus libres, bien au contraire, ils apprennent à travailler en équipes étroitement soudées autour d’une projet. Ils jouissent d’une autre liberté, plus réelle, qui consiste dans l’acceptation, l’assomption jubilatoire du fonctionnement collectif.

Mais, dans ce cas, pourquoi ne pas le préciser? Florence Robine ne peut pas ne pas avoir conscience de cette ambiguité. Elle sait que ce fonctionnement en équipe suppose que le chef d’établissement, aidé par les enseignants les plus expérimentés et les plus volontaires, remplisse une fonction hiérarchique. Mais elle sait aussi que, de cette fonction hiérarchique, hélas, une partie de la profession n’en veut pas, et qu’elle est encouragée dans ce refus par le syndicat majoritaire.

Un syndicat majoritaire réputé de gauche comme l’est le gouvernement qui, aujourd’hui, défend le projet.

D’où ce silence assourdissant. Un silence d’autant plus préjudiciable que, sans cette plus grande autonomie organique des établissements, le reste de la réforme n’a pas de sens. Si peu de sens qu’elle restera, hélas, aussi peu applicable que celles qui l’ont précédée. Aussi peu suivie d’effets.

L’administration actuelle suggère que la réforme proposée viendrait confirmer et renforcer la « refondation de l’école » voulue par le précédant ministre Vincent Peillon. Cette affirmation est inexacte. Elle est avancée pour s’attirer le soutien du syndicat majoritaire. Ou pour éviter qu’il s’y oppose trop frontalement. Mais en vain. Car celui-ci n’est pas dupe. En revanche elle a pour effet de provoquer l’opposition d’une droite qui obère, du même coup, en la caricaturant, ses propres chances de succès quand le moment viendra pour elle de s’y atteler à son tour.

Cette réforme est juste dans la seule mesure où elle est nécessaire, ce qui signifie qu’elle n’est ni de droite ni de gauche. Elle est, à quelques nuances près, celle-là même que ferait – et que fera, après quelques tergiversations, quelques atermoiements coupables – un ministre de droite à la place de l’actuelle Najat Vallaud-Belkacem.

D’ailleurs, elle était à l’étude bien avant l’arrivée de celle-ci aux affaires, par la même haute administration, par les mêmes experts qui continueront de travailler après son départ.

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2 Comments

  1. « Les syndicats refusent une plus grande autonomie des collèges: Si la contestation des programmes d’histoire et la dénonciation d’un affaiblissement du latin occupent les colonnes des journaux depuis un mois, ce ne sont pas ces points que contestent en priorité ceux qui descendront dans la rue mardi 19 mai » (Le Figaro du 18/05/2015 à 20:18).

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