Houellebecq et Voltaire dans le même jardin

Peut-être parce que je l’ai lu dans un jardin, celui d’une maison de l’arrière-pays niçois que des amis partis en voyage nous ont laissée avec leurs chats, j’ai pensé au Candide de Voltaire. Chacun des courts chapitres dont se compose Les particules élémentaires narre une aventure dont on ne saisit pas toujours bien lequel des deux frères (Bruno ou Michel, au centre de l’histoire) est le protagoniste, mais qui tournent toutes invariablement à la catastrophe.

Rencontres de la vie dont il est clairement suggéré par l’auteur qu’elles pourraient (ou auraient pu) impliquer n’importe qui d’entre nous au cours de la traversée de la deuxième moitié du vingtième siècle. À ceci près que les causes (et les effets) des désastres peints par Voltaire et Houellebecq paraissent symétriques. Voltaire dénonce la manière dont les grandes causes collectives (religions d’abord) entraînent les peuples dans la violence et dans la guerre. Pour Houellebecq, c’est au contraire l’abandon des idéaux traditionnels (et leur non-remplacement par de plus frais et de mieux acceptables) au seul profit d’un « droit à jouir » étroitement individualiste qui est la cause de tout le mal. Notre champion de la post-modernité vise l’abandon de la morale qui a pour conséquence de plonger l’humanité dans une misère (sexuelle, affective) tellement triste et irréparable que celle-ci finit par songer à son propre remplacement et (dans les dernières pages du roman) à le réaliser.

Est-ce à dire que Les particules élémentaires VAUT le Candide? Pour moi, cela ne fait pas de doute. Mais un jugement de valeur littéraire est toujours incertain. Ce qui l’est moins, c’est que les deux œuvres s’éclairent mutuellement. Nous continuons de dénoncer les fanatismes comme à l’époque de Voltaire. Et nous avons motifs à le faire. Sans doute. Mais pour comprendre que d’autres cultures renâclent à se convertir aux valeurs de notre démocratie, peut-être faut-il considérer à quel prix elles devraient (devront) le faire, et quelle peur et quelle répugnance elles en ont.

Houellebecq dénonce un plus grand Mal qui paraît étroitement solidaire de notre plus grand Bien.

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