La langue, Lacan, l’école

À la question que pose Jean-Claude Milner en 1978: « Que faut-il en effet que soit la langue pour qu’on puisse en désigner aussi bien l’objet d’une science que l’objet d’un amour? », Jacques Lacan a fourni déjà une réponse simple, quelques années auparavant. Il dit:

À quelqu’un, un juriste, qui avait bien voulu s’enquérir de ce qu’est mon discours, j’ai cru pouvoir répondre – pour lui faire sentir, à lui, ce qui en est le fondement, à savoir que le langage n’est pas l’être parlant – que je ne me trouvais pas déplacé d’avoir à parler dans une faculté de droit, puisque c’est celle où l’existence des codes rend manifeste que le langage, ça se tient là, à part, constitué au cours des âges, tandis que l’être parlant, ce qu’on appelle les hommes, c’est bien autre chose.
(Encore. Séminaire, Livre XX, 1972-1973, § I. De la jouissance.)

Pour que la langue puisse être l’objet d’une science aussi bien que celui d’un amour, il faut que celle-ci soit regardée comme autre. Comme depuis toujours la langue de l’autre. Ou comme une autre langue. Et c’est bien en cela, me semble-t-il, que consiste la difficulté pour l’école. Qu’elle ne s’y résout pas.

Pour consentir à enseigner la langue, il est nécessaire de poser que celle-ci ne se confond pas avec l’être parlant. Que l’enfant ne parle pas, qu’il écrit moins encore, de lui-même. Mais qu’il le fait d’après ce qui s’est constitué au cours des âges. Et dont les textes classiques portent et transmettent la mémoire. Que l’on lit avant d’écrire.

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