Les faux arguments du Loup

Je travaillais ce matin avec un petit groupe d’élèves rassemblés sur un pôle de la MLDS, et j’avais choisi de consacrer la séquence à une (re)lecture de la fable de La Fontaine Le Loup et l’Agneau. Mon but était de faire en sorte qu’ils s’étonnent des faux arguments employés par le Loup, de la minutie avec laquelle l’Agneau les réfute un à un, et de la mauvaise foi (grotesque, risible, terrible) avec laquelle le Loup se relance après chaque réfutation.

Et la première interpellation prononcée par le Loup nous a arrêtés. Comment est-elle fabriquée? Comment opère-t-elle? J’ai aidé nos jeunes gens à voir que, sous la structure de surface d’une seule proposition grammaticale (« Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage? »), cette apparente question abrite au moins deux propositions logiques, qui sont toutes deux mensongères, et dont la seconde ne se repère que du choix d’un pronom possessif.

Derrière l’interrogation purement formelle, incantatoire, prononcée par le Loup, qui consiste à demander à l’Agneau qui l’autorise à être là où il est, deux affirmations s’abritent, s’intriquent, que l’on peut reformuler ainsi:
(1) Tu troubles l’eau de la rivière
(2) Cette rivière m’appartient

Ensemble, nous avons remarqué que l’Agneau réfute la première affirmation de manière indiscutable (l’eau d’une rivière ne saurait remonter à sa source), tandis qu’il fait mine de n’avoir pas entendu la seconde dont la valeur de vérité échappe à toute logique. Il abandonne le point à son adversaire, allant même jusqu’à lui donner du « Sire », du « Majesté ». Et, en effet, cette concession importe peu, la seule démonstration de ce qu’il ne peut troubler l’eau que le Loup viendrait à boire suffisant à ruiner l’argument (ou le double argument) que celui-ci emploie.

Et comment le Loup se sort-il de cette fausse difficulté (fausse dans la mesure où le sort de l’Agneau n’a plus dépendu, dès l’instant de la rencontre, d’aucun jeu de langage, d’aucune « raison », d’aucune « idée »)? Il le fait en répétant son accusation, comme s’il n’avait pas entendu l’argument décisif qui la réfute. Avant d’en ajouter tout aussitôt un autre (« Et je sais que de moi tu médis l’an passé »), qui n’a rien à voir avec le premier (sorte de coq à l’âne, d’effet presque comique), que l’Agneau ne tardera pas de réfuter à son tour. Sans plus d’espoir.

Voir aussi
Le Loup et l’Agneau. Texte et M@P
Pour l’atelier philo. Un exercice d’esprit critique

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