Un effort de poésie, par Alain Courbis

Argument fourni par Alain Courbis, en annonce de son intervention dans le programme de la Journée d’étude pluridisciplinaire « L’école et la poésie », du 13 mai 2016.

Si le poète Hölderlin pouvait encore écrire à l’orée du XIX° siècle: « poétiquement toujours sur terre habite l’homme », cette vision romantique semble bien frappée d’obsolescence face aux nouveaux idéaux régissant notre modernité pragmatique dans laquelle « l’utilité directe » régissant les relations humaines réduit l’horizon sémantique au seul sens commun en ravalant le langage à sa stricte fonction de communication.

A contrario de ce constat de « désenchantement du monde », de faire habitat à l’homme, le langage pourra être, dans cette intervention, rapporté à son « essence poétique » indissociablement noué à la valeur créationniste du verbe.

À l’appui de ce postulat seront convoquées univers poétique, corpus et praxis analytique eu égard à la sensibilité que les poètes partagent avec les analystes au « trésor de la langue », les uns et les autres se préoccupant de « rendre aux mots leur ancien pouvoir magique ».

Mais si la parenté entre poésie et formations de l’inconscient s’avère légitimée par l’usage commun fait du signifiant, il sera néanmoins utile de préciser en quoi l’énonciation poétique se distingue de la « position juste de non savoir » de l’analyste dans sa visée de nouer la parole « poétique » au symptôme.

Puisque pour Freud et Lacan, « l’artiste toujours précède » le psychanalyste, instiller dans la modernité « quelques goutes de poésie » permettrait-il -en redonnant « chance inventive » à la langue- de « réenchanter le monde »?

Car la langue en effet vit, elle vibre aussi et faisant trace dans le corps, elle s’inscrit en lettres de feu en chaque « parlêtre ».

Ainsi, pour chaque-Un, « le petit coup de pouce » à la langue pour qu’elle demeure langue vive, langue inventive trouvera à s’illustrer dans la position renouvelée de chaque adolescent, qui, à l’école de la vie, se voit poussé à prendre langue nouvelle sur le support d’un exil obligé de sa langue infantile.

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1 Comment

  1. Je partage assez ce point de vue de Jean d’Ormesson dans son livre-mémoires « Je dirais malgré tout que cette vie fut belle » (Titre emprunté à Louis Aragon) où il constate un glissement socio-culturel de la poésie vers la chanson. D’ailleurs, plusieurs chanteurs ont mis en musique des poèmes, même ceux de Hugo, qui , mais cela n’est pas forcément authentique, n’en voulait pas « au pied de (ses) vers » :

    « Il est tout à fait clair que la place tenue au XIXe siècle par les poètes – la popularité de Chateaubriand, de Lamartine, de Musset, de Béranger, l’enterrement de Victor Hugo en 1885 qui provoqua, dit-on, une hausse sensible de la natalité à Paris neuf mois plus tard … – est occupée de nos jours par les chanteurs et les chanteuses. Piaf, Trenet, Aznavour, Barbara, Ferrat, à qui m’opposa un jour, à propos de Saïgon et du Cambodge, une chanson fameuse en son temps, plusieurs autres peut-être, auraient pu aspirer à siéger quai de Conti. La poésie est réservée aujourd’hui à une très mince fraction de la population – à ceux que l’on appelait jadis « l’élite » et qui ont perdu sinon leur raison d’être, du moins leur importance et la faveur de la masse. La poésie a été remplacée dans l’esprit de nos contemporains par la chanson, par les médias et (…) par la science et la technique. »

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