L’école et la poésie, 1

Ven. 13, sur le Campus Carlone, amphi 60. De gauche à droite, C.J., Colette Guedj, Jessica Choukroun-Schenowitz, Alain Courbis et Béatrice Bonhomme.
Ven. 13, sur le Campus Carlone, amphi 60. De gauche à droite, C.J., Colette Guedj, Jessica Choukroun-Schenowitz, Alain Courbis et Béatrice Bonhomme.

Les mots (d’une langue) peuvent servir à tous. Les œuvres littéraires sont des amas de mots arrangés par un (auteur) dont la particularité la plus remarquable est qu’ils peuvent servir à beaucoup d’autres. Non pas à tous, sans doute, mais à des foules d’êtres différents quelquefois réunis et souvent dispersés à travers l’espace et le temps.

L’expérience montre que je peux lire un roman, me laisser ainsi emporter par tel amas de mots arrangés par un autre et m’en trouver bien. J’embarque pour une traversée, et celle-ci pourra durer des jours et des semaines sans que je souffre de cet emportement. Des jours et des nuits durant lesquels, au contraire, je me sentirai à la fois accueilli, nourri, bercé, protégé mieux que je ne le suis jamais dans mon propre environnement de mots. Et l’expérience montre aussi qu’un poème écrit par un auteur classique peut me dire mieux que je ne le ferais moi-même. Si bien, même, que je chargerai cette menue invention de me représenter auprès de la femme que j’aime ou auprès d’un ami frappé par le deuil, que je veux consoler.

Aussi avons-nous peut-être tort d’affirmer trop vite, aujourd’hui, que « les mots nous manquent ». L’expérience montre que s’ils nous manquent toujours, bien sûr, c’est à peine. Et qu’ils le font en venant à notre rencontre sans que nous n’ayons rien demandé. Chaque fois comme un secours inattendu. Une grâce. Nous voyons venir vers nous d’immenses amas de mots arrangés par d’autres, comme ces vaisseaux spatiaux racontés par Steven Spielberg. La porte s’ouvre, un escalier se déroule, nous entrons dans la lumière de l’habitacle et l’astronef repart avec nous à son bord. Le vaisseau spatial est aujourd’hui le Crime et châtiment d’un certain Fedor Dostoïevski. Demain, ce sera peut-être Belle du Seigneur

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2 Comments

  1. Ces réflexions matinales, disciplinées comme une prière monastique, laudes ou matines, me ravissent à chaque fois, comme l’œuvre au quotidien de l’artisan fidèle.

  2. Des rencontres très intéressantes et un débat riche en idées!
    Merci pour cette organisation!

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