On connaît l’important axiome…

On connaît l’important axiome (ou pseudo-axiome) de Jacques Roubaud selon lequel « La poésie n’est pas paraphrasable », par quoi il s’agit de comprendre et d’admettre que, « disant ce qu’elle dit en le disant » (ou de la manière exacte dont elle le dit), la poésie à proprement parler « ne dit rien », puisqu’en effet « dire quelque chose suppose pouvoir dire ce que l’on dit, pouvoir dire et redire quel est ce ‘quelque chose’ que l’on dit ; et ceci ne peut se faire en le répétant simplement, en employant une phrase du genre : “tu n’as pas compris je répète…” ; pour avoir dit et signifié n’importe quoi, il faut pouvoir redire ce que l’on a dit autrement qu’on ne l’avait dit. Il faut pouvoir paraphraser » (1993, p. 139). Cet axiome a le mérite de marquer une nette distinction entre la poésie et les autres formes littéraires, en tant que, d’un roman, par exemple, on peut faire un résumé, on peut même tirer des films qui tous, chacun à sa manière, en raconteront l’histoire, ce qui n’est évidemment pas le cas avec la poésie. Mais il présente l’inconvénient de colmater une distinction qui s’impose à l’intérieur du champ de la poésie et qui se rapporte à la mémoire. Le fait est que je peux me souvenir d’un poème de Victor Hugo parmi les autres tandis que je peux difficilement le faire d’un poème de Denis Roche, et cela à double titre : (i) je peux reconstituer de mémoire la totalité d’un poème de V. Hugo, tandis que je ne peux pas reconstituer de mémoire la totalité d’un poème de D. Roche ; (ii) je peux mettre des mots clés sur un poème de V. Hugo, caractérisant son contenu et grâce auxquels je pourrai me souvenir de lui parmi les autres, quand je ne peux pas le faire pour un poème de D. Roche. Ce qui a pour conséquence qu’un poème de V. Hugo a naturellement tendance à s’extraire du livre (recueil) dans lequel il figure (comme « Demain, dès l’aube… » s’extrait des Contemplations, par exemple), au point même qu’on serait tenté de dire que tel est son destin, telle est sa vocation, tandis qu’un poème de D. Roche y demeure attaché.

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