L’exemple de M. Germain

On reproche aux jeunes professeurs d’aujourd’hui de manquer de culture. Je ne suis pas du tout certain que le M. Germain, qui fut l’instituteur algérois d’Albert Camus, auquel celui-ci rendit hommage quand lui fut décerné le prix Nobel de littérature en 1957, fût beaucoup plus cultivé (ni, bien sûr, mieux « formé ») que ceux d’aujourd’hui. Ce qui fait la différence, c’est que M. Germain s’appuyait sur la culture de son temps. Il avait conscience que sa mission consistait à la transmettre. Du coup, il envoyait du lourd. Tandis que les choses sont beaucoup plus compliquées pour ceux d’aujourd’hui. Ils ne se sentent pas encouragés, ni même clairement autorisés à s’appuyer sur la tradition pour désigner les objets culturels (des œuvres, des pratiques) dont ils auraient à transmettre à la fois le savoir et le goût. Pour les hussards noirs de la République, enseigner la poésie consistait à enseigner les poèmes que des poètes avaient écrits et qui faisaient autorité. Pour ceux d’aujourd’hui ce serait faire en sorte que leurs élèves deviennent eux-mêmes des poètes, sans trop s’embarrasser de ce que d’autres avant eux ont écrit. Notre société devient incapable de désigner ce qui mérite d’être appris. Du coup, elle prétend enseigner des « démarches d’apprentissage » au grès desquelles les élèves apprendront ce qu’ils veulent. Or un enfant n’a le goût de rien apprendre, d’abord, que ce qu’un adulte lui enseigne. Et il le fait sur son modèle, pour le goût que cet adulte, par son exemple, lui transmet.

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