Lis martagon

Dans ce paysage où presque chaque soir nous avions droit à un moment de pluie.

La terre était noire sous les nuages, plantée de légumes.

La lumière changeait, soudain l’on ne se reconnaissait plus.

Les herbes étaient hautes et piquantes, bruissantes d’insectes qui vous mettaient les genoux en sang mais avec toujours dans le ciel ce glissement des nuages.

De gros rochers gris émergeaient des herbes, les arbres frémissaient comme pris de peur.

Une musique silencieuse.

Des oratoires. Partout le bruit de l’eau et ce mouvement de l’herbe et des chemins vers les nuages du ciel.

L’attente de la forêt que le jour durant nous regardions de loin, mais que les rêves de la nuit nous faisaient pénétrer, ou elle en nous.

Le chalet très sombre du célèbre professeur était-il encore habité ? On remarquait ses volets clos en passant sur le chemin, et l’on tournait la tête.

On parlait de granit. On dénombrait les diverses sortes de légumes qui se retrouvaient dans la soupe du soir.

Les psychanalyses poétiques de Gaston Bachelard ne sont pas celles de sujets humains mais des éléments eux-mêmes qui composent le paysage.

De même que dans la science, selon lui, le sujet doit s’abstraire.

Par qui d’autres que nous le paysage était-il habité ? Les morts.

Comprenez que nous ne protestions pas. Que nous n’imaginions pas que nos droits fussent lésés.

Cela aurait fait rire les arbres tremblants du soir. Aux moments où pourtant ils se voyaient abandonnés. Ils se tordaient.

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