L’esprit des Moulins à paroles (M@P)

Prémisses 

  1. Remarque. Quand on s’adresse à un enfant qui apprend à lire, on lui demande à chaque moment de son apprentissage (chaque mois de la classe de CP) s’il sait enfin lire. Tandis qu’à un enfant du même âge qui apprend à jouer d’un instrument de musique, on ne demande pas s’il sait enfin jouer de cet instrument, mais quel morceau classique il est occupé à travailler et s’il veut bien le jouer pour nous.
  2. Question. Plus tard, quand un professeur dit à un élève qu’il est faible en français, que suppose-t-il que celui-ci puisse (et doive) faire pour s’améliorer ?

Six concepts

L’usage des M@P implique que l’étude de la langue s’opère à l’intérieur de textes classiques (poèmes, chansons, fragments de prose). Six concepts définissent la forme que prend alors la démarche d’apprentissage, telle qu’elle s’amorce dans l’enfance et telle qu’elle se poursuit tout au long de la vie:

  1. Modularité. L’étude porte sur des objets littéraires clairement identifiés et circonscrits. Pour l’enfant (ou l’adulte) qui est faible en français, il s’avère toujours possible d’apprendre un poème, et de l’apprendre assez bien pour pouvoir le reconstituer de mémoire, à l’oral et à l’écrit, sans erreur.
  2. Globalité. L’étude de chacun de ces textes implique à la fois l’intelligence (grammaticale), la sensibilité humaine et artistique, et la mémoire. Elle prend en compte ce qui fait de la langue l’objet d’une science en même temps que l’objet d’un amour (Jean-Claude Milner). Elle engage la personne, body and soul.
  3. Historicité. Chaque texte étudié se présente comme un vestige et fournit à l’élève un repère historique. Avec ceux qu’il aura appris, il disposera d’une trame sur laquelle d’autres connaissances pourront s’ajouter et s’organiser au fil du temps.
  4. Portabilité. L’élève gardera les textes étudiés en mémoire tout au long de sa vie, ce qui lui permettra de renouer à tout moment, même les plus tardifs, avec celui qu’il était quand il les a découverts. Il pourra se remettre dans la peau de l’enfant puis de l’adolescent qu’il était alors, non sans mesurer du même coup la distance qui l’en sépare désormais.
  5. Communauté. Les textes que l’élève apprend avec les M@P sont des textes classiques, que beaucoup d’autres que lui ont appris, apprennent et apprendront dans notre pays comme ailleurs dans le monde. La connaissance que tous ces lecteurs en ont facilite et approfondit les possibilités de dialogue à l’intérieur du groupe qu’ils constituent, et qui réunit des vivants et des morts. Ce sont des références communes, des exemples à propos desquels il est plus facile de parler, de raisonner, de s’entendre.
  6. Emprunt. On ne parle jamais qu’avec les mots des autres. L’enfant qui apprend des poèmes découvre que les auteurs classiques ont composé des textes auxquels il peut prêter sa voix, qu’il a le droit et le pouvoir d’emprunter, une heure, une vie, pour son propre usage. Car ceux-ci disent certaines choses qu’il n’aurait pas su dire mais qui lui correspondent (qui lui parlent), et qu’ainsi il peut faire entendre à d’autres.
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