Cette façon qu’ont les livres

Cette façon qu’ont les livres de rester dans le silence et l’obscurité de la maison. D’attendre. Ailleurs, dans les rues, c’est le défilé du carnaval. En plus des chars, d’immenses ballons vivement colorés figurent des tigres et des dragons. Le sol est jonché de confettis et de serpentins mais, dans le ciel bleu très sombre, les ballons évoquent une pureté étrange et désertique à laquelle nous avait habitués, il y a bien longtemps déjà, les dessins de Moebius. Où animaux et machines se combinent pour former des appareils compliqués, hauts parfois de plusieurs étages, que des enfants juchés au faîte conduisent en dormant. Lorsque nous sommes rentrés, Arthur Gordon Pym m’attendait dans son volume de La Pléiade acheté en 66-67 à la librairie Lyceum du boulevard Gambetta. Hier, le relisant, je notais que l’emballement fiévreux que Georges Bataille imprime aux premières pages de l’Histoire de l’œil pouvait être inspiré par son premier chapitre, où l’on voit que deux garçons dorment dans le même lit, après un dîner copieusement arrosé, quand l’un se réveille tout à coup et déclare que la nuit est trop belle, trop froide et si évidemment porteuse d’une tempête qu’il convient d’aussitôt se vêtir, courir démarrer le minuscule canot qui les attend au port et cingler vers le large. Mais il était trop tard.

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