Victor Hugo (boulevard)

Vient le moment où il se retrouve seul dans un appartement trop vaste, à errer nuit et jour les deux mains en avant. Cette affaire le surprend, de passer des portes qu’il ne reconnait pas. Il avait si longtemps habité un appartement étroit, le même où maintenant il s’égare. Où vivaient avec lui sa mère, sa femme et leurs enfants. Combien d’enfants. L’une jouait au tennis, l’un jouait du violon. Il se souvient du son du violon qui résonnait derrière les portes. Puis le violon s’est tu. Sa mère ne quittait plus un fauteuil poussé devant la fenêtre où les oiseaux entraient et se posaient sur sa main. Le visage penché elle leur souriait doucement sans les voir. La même personne qui à un autre moment se tenait sur les gradins de la piscine où lui-même nageait, il filait sous la surface de l’eau irisée de soleil, les deux bras tendus en avant, les lèvres pincées, les yeux grand ouverts, des petites bulles s’échappant de son nez, elle portait des lunettes de soleil, elle se tenait assise les jambes serrées sous une jupe trop courte qui faisait se retourner sur elle les garçons, il se souvient de deux adolescents aperçus de loin qui sortaient du bassin et qui filaient au pied des gradins en tremblant de froid. Puis celle-ci mourut. Puis ses enfants un à un s’en allèrent, certains à l’autre bout du monde. Le plus jeune dans un paysage montagneux où il semblait qu’un tremblement de terre se fût produit la veille. Ils ne furent plus que deux. Ils regardaient la télévision, ils voulaient voir des images de la guerre, les mêmes paysages d’éboulis où l’on tirait au fusil d’assaut, où l’on prenait des otages. Combien d’années dura cette période. Quelle fut l’issue de cette guerre, si celle-ci est maintenant terminée ou si elle s’est déplacée dans d’autres paysages. Les tremblements de terre entraînent des villages sous les rochers de la montagne qui s’écroule. La guerre détruit des villes entières où errent des enfants. Pourquoi sa femme un jour ne fut plus là. Devint la nuit comme introuvable. Il la cherche comme il a longtemps cherché sa mère, mais celle-ci a-t-elle jamais habité dans cet appartement, maintenant il en doute. Il se souvient du temps où sa femme et lui étaient vivants, il leur arrivait de sortir, ô jamais bien longtemps, la brûlure et l’éblouissement l’été n’en finissaient pas, mais sous les grands arbres du boulevard ils trouvaient les fines ocellures et la fraîcheur de l’ombre.

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