L’invitation au voyage, de Charles Baudelaire

Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l’ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l’âme en secret
Sa douce langue natale.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l’humeur est vagabonde ;
C’est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu’ils viennent du bout du monde.
– Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D’hyacinthe et d’or ;
Le monde s’endort
Dans une chaude lumière.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Les Fleurs du mal (1857)

→ Commentaire: Luxe moderne et vieille Hollande
→ Illustration sonore : Bon Entendeur : Lagerfeld, « Chanel Cuise », Spécial Mixtape

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2 Comments

  1. Séance menée le 24/11/2017 avec ma classe de 4e2 du collège Maurice Jaubert à l’Ariane (17 élèves).

    Les élèves ont d’abord été très loquaces sur l’illustration qui accompagne le poème (l’entrée dans la lecture par l’image étant l’occasion de jouer sur leur horizon d’attente et de les placer dans un contexte spatio-temporel qui facilite la compréhension générale du texte qui suit). La première strophe lue, plusieurs étayages sémantiques ont été nécessaires (que sont ces « soleils mouillés » et ces « ciels brouillés » ?), permettant d’entrevoir la destination envisagée par le poète. La strophe suivante a permis de revoir la valeur hypothétique et d’irréel du conditionnel. Tout au long de la séquence de travail les élèves ont manifesté un vif intérêt et une grande concentration, plus soutenue que lors certaines précédentes… Bref, ce fut encore une séance extrêmement riche sur le plan des apports lexicaux, linguistiques, littéraires et culturels (avec, pour finir en beauté, un temps d’écriture accompagné de la chaude contrebasse de « Remembering » d’Avishai Cohen – ce n’était pas le premier morceau de jazz que Christian Jacomino faisait écouter aux élèves qui ont non seulement identifié le genre mais aussi les instruments… lecteurs et fins auditeurs, quel bonheur !).

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    1. Être deux adultes, devant des adolescents, pour aborder le thème d’un amour clandestin qui fait se projeter l’auteur dans un ailleurs à la fois proche, lumineux et inaccessible, est sans doute un atout. Ces jeunes gens te font confiance, et c’est sans doute la raison pour laquelle qu’ils me font confiance aussi. Avec eux nous avons accompli une paisible prouesse. Une performance sans public. Une expérience de lecture dont nous nous souviendrons.

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