Le Grand Nocturne, de Jean Ray

Le clavecin chanta sur un mode plaintif et très doux, puis la masse noire fondit en une fumée qui suivit le rayon de la lune avant de disparaître. Une douceur infinie glissa au cœur de Théodule, le sommeil lui revint immédiatement et le recueillit comme une onde salvatrice.
Mais avant d’y plonger dans la béatitude et l’oubli, il vit une grande ombre s’interposer entre lui et la clarté de la veilleuse.
Il vit une immense figure tournée vers lui, si grande que le plafond fut soulevé par elle et que son front s’entoura d’une parure d’étoiles. Elle était plus ténébreuse que la nuit même et empreinte d’une tristesse si grande et si grave que tout l’être de Notte en frémit de douleur.
Il sut alors, par une révélation éclose au plus profond de son âme, qu’il venait de se trouver face-à-face avec le Grand Nocturne.

Le Grand Nocturne & Les Cercles de l’épouvante, Jean Ray, Alma éditeur, Paris, 2017, p. 38. [Le Grand Nocturne, Bruxelles, 1942.]

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