Dans le château noir, de Claude Ollier

Le Château Noir est accroupi sur ce roc d’enfer, suspendu comme une menace au-dessus de cet abîme. Le Château Noir existe. Il a une place sur la terre et sur la carte, il est plus terrible à voir que les horribles châteaux dessinés par l’imagination extravagante et maladive des poètes ! Le voyageur descend lentement, se trouve devant un nouveau corridor obscur, un vrai tunnel où règne une odeur âcre, l’odeur de la vieille terre qu’on vient de remuer. Il avance avec difficulté. À la fin, pourtant, il arrive devant une porte qui, bien qu’elle semble fermée à clef, cède un peu quand il appuie la main. Une lumière brille de l’autre côté de la porte… Quel spectacle ! Un homme est là au centre de la pièce, assis à un petit bureau, et il écrit. Il tourne le dos. On ne voit que son dos, monstrueux, courbé. Que fait-il là, solitaire ? Qu’écrit-il ? À qui écrit-il ? Ah, voir sa figure ! Le surprendre ! Le voyageur avance d’un pas.

Commentaire
Ces lignes sont extraites de « Pulsion », de Claude Ollier, paru pour la première fois dans « Jacques Derrida », L’Arc, 57, 3e trimestre 1973, pp. 53-58, avant d’être repris dans Nébules, Flammarion, 1981. Elles sont centrées sur la figure de Nabû, qui est le dieu mésopotamien du savoir et de l’écriture. Elles assemblent trois fragments à la manière d’un collage surréaliste (nous pensons à ceux de Max Ernst).

Le premier fragment (« Le Château Noir est accroupi sur ce roc d’enfer, suspendu comme une menace au-dessus de cet abîme. Le Château Noir existe. Il a une place sur la terre et sur la carte, il est plus terrible à voir que les horribles châteaux dessinés par l’imagination extravagante et maladive des poètes ! ») sort tout droit du roman de Gaston Leroux, Le Château noir (1914), chapitre VII, Expédition.

Un second fragment (« Le voyageur descend lentement, se trouve devant un nouveau corridor obscur, un vrai tunnel où règne une odeur âcre, l’odeur de la vieille terre qu’on vient de remuer. Il avance avec difficulté. À la fin, pourtant, il arrive devant une porte qui, bien qu’elle semble fermée à clef, cède un peu quand il appuie la main ») est repris par l’auteur (Claude Ollier), de manière moins littérale mais tout aussi indubitable, d’un passage du Dracula de Bram Stoker.

Quant au troisième fragment (« Une lumière brille de l’autre côté de la porte… Quel spectacle ! Un homme est là au centre de la pièce, assis à un petit bureau, et il écrit. Il tourne le dos. On ne voit que son dos, monstrueux, courbé »), il démarque un roman de Gaston Leroux cette fois, le très célèbre Mystère de la chambre jaune (1907), chapitre XV, Traquenard, où on peut lire: « L’homme est là, assis au petit bureau de Mlle Stangerson, et il écrit. Il me tourne le dos. Il a une bougie devant lui ; mais, comme il est penché sur la flamme de cette bougie, la lumière projette des ombres qui me le déforment. Je ne vois qu’un dos monstrueux, courbé ».

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