Le syndicaliste est hors sujet

L’Express titre vaillamment : « Blanquer est hors sujet pour améliorer la lecture » (+). Dans la situation où se trouve notre enseignement du français au niveau élémentaire, cette formule est indécente.

Contrairement à ce que déclare Stéphane Crochet, le syndicaliste interrogé, le français a ceci de particulier qu’on ne déchiffre pas les mots sans les comprendre. Ni un enfant ni un adulte ne peut déchiffrer les formes parents ou chantent sans les reconnaître. Cela implique qu’il les connaisse déjà, à l’oral, et qu’il s’attende à les rencontrer dans la phrase qu’il lit. La lecture est une compétence linguistique. Elle s’appuie sur un savoir général de la langue. Et la dictée, oui, peut permettre d’améliorer cette compétence. Elle l’a longtemps fait. Dans la plupart des classes, elle ne le fait plus. Parce que certains courants de l’appareil éducatif, nourris de sociologisme, font barrage à l’étude de la langue. Pour autant, nous avons mieux à proposer aujourd’hui que la forme ancienne de cet exercice. Plus riche, plus amusant, plus efficace…

Publicités

Posted In:

8 Comments

  1. Christian, pour une fois je ne suis pas d’accord avec toi, on peut tout à fait déchiffrer un mot sans le comprendre. Les exemples sont légion par exemple dans ma pratique. C’est d’ailleurs le problème majeur d’Un enseignement du code seul.

    J'aime

    1. Certains mots-formes français se déchiffrent de façon certaine (carnaval), d’autres de façon très incertaine (femme, ouvrent, couvent). C’est un fait. Ce degré de certitude ou de probabilité est calculé par les cogniticiens sous le terme de « consistance ». Le degré de consistance les intéresse d’un point de vue scientifique. Mais ils admettent maintenant que l’enfant qui apprend ne sait pas quel mot est consistant et quel mot ne l’est pas, si bien que le doute porte sur tous les mots. Et que, dans ce doute et ce désarroi, l’identification (adressage) l’emporte toujours sur le déchiffrage. Ce qui permet à beaucoup d’enfants d’apprendre à lire de manière approximative (globale), la vraie difficulté apparaissant ensuite sur le versant de l’écriture.
      Beaucoup d’enfants montrent de grandes difficultés en écriture parce qu’ils ont appris à lire selon le sens, sans se représenter comment s’organise l’écriture des mots quant aux rapports graphèmes-phonèmes.
      Une étude que citait Bentolila montrait que des lecteurs adultes font d’autant plus confiance au sens général supposé de la phrase que leurs compétences en lecture sont médiocres. Cela peut sembler étonnant mais paraît bien certain.
      En revanche il peut exister des difficultés de compréhension qui tiennent à des problèmes psychologiques généraux (refus d’apprendre, refus de savoir) qui sont d’un autre ordre.

      J'aime

      1. et voilà; je te rejoins… d’où la nécessité d’apprendre à lire avec des textes et pas avec des mots isolés, et encore moins des logatomes! Il faut enseigner (et apprendre) en même temps le code et le sens; appuyer le sens sur le code et réciproquement; la dimension psychologique, indéniable, venant en plus!

        Aimé par 1 personne

  2. Non seulement il me semble en effet que le code ne peut être dissocié du sens, mais je suis convaincue que la dictée est un exercice essentiel pour assurer la conjonction des deux. A nous, enseignants, de la rendre « efficace » et moins repoussante qu’elle n’apparaît d’abord aux élèves, et les scénarios pédagogiques pour le faire sont légion : dictées ciblées sur UN fait de langue, dictées « à trous », dictées négociées, dictées-débats, co-évaluation entre pairs… bref, autant de moyens qui la rendent même « amusante » aux yeux des élèves, qui en redemandent parfois ! Pour preuve, une séance menée la semaine dernière en 5e : dictée faite de façon individuelle, négociation entre pairs au sein d’ilots pour aboutir à une copie collective « parfaite », débats entre les différents ilots sur trois points litigieux identifiés à l’écoute des échanges des élèves… séance suivante : nouvelle dictée du même court texte (écrit en fonction de notions précisément choisies) cette fois évaluée et… nette amélioration de l’ensemble des productions ! A croire, parfois, que la collaboration et les explications que se donnent les élèves entre eux ont souvent plus de poids que la sacrosainte parole professorale… voilà qui m’a donné à méditer ! Je dis donc OUI à la dictée, régulière, réfléchie, au service du mieux écrire et du mieux lire !

    Aimé par 1 personne

    1. La dictée est un écriture mais qui se situe sur le versant de la lecture, puisqu’il s’agit de restituer un texte d’auteur. Je considère que c’est là son premier mérite. C’est en cela d’abord qu’elle enrichit l’élève. Elle lui apporte quelque chose d’autre. Et je pense que c’est bien cela que ne supporte pas en elle un certain pédagogisme, qui voudrait que cela vienne de l’enfant. Que l’enfant travaille sur ses propres productions. Au fond, ce que le pédagogisme ne peut admettre, c’est que la langue (dans son ordre, dans ses règles) soit extérieure à nous, et que chaque petit humain doive y entrer à son tour. Que chaque enfant à son tour doive apprendre la langue plutôt que la produire. Que nous ne parlions jamais qu’avec les mots des autres. Et c’est en cela que le pédagogisme me paraît dangereusement illusoire.

      J'aime

      1. Bravo Christian dans cet article tu as mis en mots avec clarté des pensées un peu confuses qui étaient les miennes … J’aime beaucoup cette phrase « Que nous ne parlions jamais qu’avec les mots des autres … »

        J'aime

        1. Merci, Anne… Oui, ce point est décisif. J’en parlais hier avec une journaliste qui m’interrogeait sur le cœur de notre proposition. Et je lui disais ceci: « Comment se fait-il que nous adoptions enfin une attitude respectueuse vis à vis de la nature, en acceptant de considérer que celle-ci possède ses lois, ses règles, que nous ne pouvons ignorer, et qu’il soit si difficile d’adopter la même attitude vis à vis de la langue? » La langue est, elle aussi, un élément qui nous nourrit, et pourtant il semblerait que nous ne voulions rien en savoir… Même à l’école.

          J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s