Contre-illettrisme

À l’école on apprend à lire, mais il ne faut plus dire qu’On apprend à lire à l’école. Parce que c’est faux et parce que l’inexactitude de cette affirmation (qui n’est pas qu’une erreur) entraîne des injustices. Elle fait souffrir.

Si je dis qu’À l’école on apprend à lire, j’énonce un fait. Il se trouve en effet qu’à l’école on apprend à lire et qu’on le fait plutôt bien. Mais dans l’affirmation toute différente selon laquelle On apprend à lire à l’école, il y a tout à la fois que  (i) à l’école on apprend (tout de) la lecture, (ii) on n’apprend (tout de) la lecture qu’à l’école, (iii) tous les enfants n’apprennent (tout de) la lecture qu’à l’école.

Or, aucune de ces 3 propositions n’est exacte.

Les 3 contiennent (supposent) au moins une contrevérité selon laquelle l’apprentissage de la lecture est (serait) indépendant de ce qu’un sujet sait de la langue, de ce qu’il en pratique, et que, de cet apprentissage, l’école serait le lieu (usine ou théâtre) unique.

Une logique industrielle (dix-neuvièmiste) voudrait qu’on fasse comme si l’apprentissage de la lecture était séparé des autres apprentissages et pratiques de la langue, mais il ne l’est pas.

Vous ne pouvez ni ne pourrez jamais empêcher qu’un petit enfant (parmi d’autres) parle dans sa famille, qu’il parle à ses parents, les yeux dans les yeux, et que ceux-ci lui parlent et qu’ainsi il apprenne la langue et déjà à lire.

Peut-être en avez-vous rêvé mais vous ne pouvez ni ne pourrez jamais empêcher qu’une Grand-mère ou un Grand-père (parmi d’autres), une Grande sœur parfois, lise le conte du Petit Chaperon rouge à un enfant, l’album Grand ouvert entre eux deux comme la Grande bouche du Loup dans laquelle ils s’engouffrent ensemble, tout vivants.

Alors ne dites plus qu’On apprend à lire à l’école. Ne faites plus semblant de le croire. Et surtout ne faites pas comme si c’était le cas, ou comme si ce devait l’être. Ça ne l’est pas.

Mais aidez les parents à aider leurs enfants. Ce sera mieux.

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1 Comment

  1. Ce serait tellement bien s’il existait encore, massivement, des grands-parents qui lisaient le Petit Chaperon Rouge … Je ne parle pas de les empêcher, mais plutôt d’en rechercher assidûment… C’est sûr qu’il faudrait aider les parents à lire, et surtout à ce qu’ils en retrouvent le plaisir, je dirais même la « nécessité ».
    Nous vivons un grand paradoxe : la littérature enfantine n’a jamais été aussi riche, et pourtant , paradoxalement, nous n’arrivons pas, passé la jeune enfance, à maintenir ce gôut de la littérature autonome ensuite.
    Peut-être, comme dans les M@O, ne devrait-on avoir QUE des lectures à plusieurs, des partages : grands lisant aux petits, pairs lisant ensemble, celui qui sait lit et les autres suivent. Et en attendant apprendre à parler, à parler encore, à parler toujours, à échanger autour des livres …
    Dans les années précédentes, la pédagogie française s’est perdue : il fallait que l’enfant sache écrire, produire des textes. On a tout axé là dessus. Mais c’était bien trop difficile, et sans doute trop tôt. Tout le monde n’a pas de choses à exprimer à travers l’écriture, mais en tant que lecteur, là, il peut le faire. C’est ce sens que l’on a perdu.
    Et puis l’image, les écrans, sont omniprésents dans notre monde, la fiction est maintenant celle de l’image filmée; ce n’est pas un mal, je peux en témoigner moi-même avec mon amour du cinéma; mais il faut préserver la lecture, en voie de disparition. En préservant la curiosité friante au monde, à travers l’école notamment pour nous enseignants.

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