Les Moulins à paroles (M@P) migrent.

Nous vous invitons à les retrouver à leur nouvelles adresse.

lire-ecrire-parler.fr

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La distinction entre phonème et son est l’un des principaux axiomes de la linguistique structurale héritée de Ferdinand de Saussure. C’est sur elle que reposent notamment tous les procédés de reconnaissance et de traitement automatiques de la parole. Or, celle-ci revient à définir le phonème comme « la plus petite unité sémantiquement contrastive du système phonique de la langue » (Alain Polguère), tandis que le son est regardé comme une réalisation matérielle, différente selon les locuteurs, et, parfois même, selon la place qu’il occupe dans la phrase.

Les sons produits par deux locuteurs différents ne sont jamais les mêmes, même si ceux-ci parlent la même langue, et que donc ils se comprennent.

Pour les pédagogues, cette distinction est importante car elle signifie qu’ils n’ont pas à attendre, encore moins à exiger de leurs élèves qu’ils parlent comme eux. Ils se doivent de respecter les particularités de diction (les accents) caractéristiques du milieu social dont ceux-ci sont issus.

Que se passe-t-il ordinairement quand un sujet, grandi à Marseille, s’entretient avec un autre, grandi à Calais? Chacun rapporte, en fonction du contexte phrasique, les mots (formes) qu’il entend à des mots (lexèmes) qu’il connait, ce qui ne peut pas se faire sans que les sons perçus soient mentalement rapportés (adressés) à des phonèmes, c’est-à-dire à des entités abstraites qui ne sont pas elles-mêmes porteuses de sens mais dont le remplacement par d’autres peut changer le sens des mots qui les contiennent.

Ainsi, les phonèmes /t/ et /d/ ne sont-ils pas par eux-mêmes chargés de sens, mais (j’emprunte cet exemple au même Alain Polguère) « si l’on remplace le phonème /d/ par le phonème /t/ dans la chaîne /pudR/ (poudre), on obtient une chaîne – /putR/ (poutre) – qui ne porte pas le même sens que la chaîne initiale ».

La distinction entre la parole et la langue est un autre fondement de la linguistique saussurienne. Nos locuteurs aux accents si différents peuvent, en effet, connaître la langue aussi bien l’un que l’autre, parce qu’ils l’ont lue et étudiée depuis leur plus jeune âge. Mais la situation est différente quand il s’agit d’un enfant en âge d’apprendre à lire, et que la langue d’étude (le français) n’est pas la langue parlée dans sa famille. Car alors, il n’est pas certain qu’il connaisse assez de mots pour que les contrastes phonémiques s’étayent sur le sens.

Ce qu’il ne dit pas, ce qu’il n’entend pas, ce qu’il ne contraste pas dans la parole, il est peu probable qu’il le distingue dans la langue. Sans doute, le contexte phrasique peut l’aider dans les échanges quotidiens. Il lui permettra de distinguer en compréhension, par exemple, /Rɑ̃/ (rang) et /Rɔ̃/ (rond), ou /bɑ̃/ (banc) et /bɔ̃/ (bon). Mais sommes-nous bien certains qu’il se montrera capable, dans les années à venir, d’apprendre beaucoup d’autres mots plus rares qui contiennent ces phonèmes, et de les écrire sans erreur?

Le creusement des inégalités qui se constate tout au long des années d’école semble prouver le contraire.

Ce qu’un enfant n’apprend pas dans sa famille, il doit l’apprendre à l’école. Et l’école manque aujourd’hui à enseigner la langue en encourageant les pratiques d’écriture, quand elle devrait privilégier la lecture et l’étude de la grammaire.

Vouloir que toutes les jeunes filles aient la diction des chroniqueuses de France-Culture serait sans doute abusif – encore qu’on ait du mal à concevoir pourquoi celles, grandies à Sète, à Cahors ou dans le quartier niçois de L’Ariane ne peuvent pas prétendre à cet emploi. S’accommoder de ce que tant de jeunes issus de l’immigration, admis à l’école dès trois ans, ne distinguent toujours pas les phonèmes /ɑ̃/ et /ɔ̃/ quand ils en sortent, dix ou quinze ans plus tard, n’est pas acceptable.

On nous répondra que « la langue évolue », qu’aujourd’hui plus grand monde ne distingue, par exemple, le /œ̃/ de brun du /ɛ̃/ de brin. Le problème – ou la chance – est que, si la langue évolue tant et si vite à l’oral, ce n’est pas le cas à l’écrit. Et que, du coup, les locuteurs qui distinguent ces deux phonèmes à l’oral sont a priori bien mieux capables d’identifier (comprendre) les mots qui les contiennent, d’en apprendre de nouveaux et de les écrire sans erreur.

La lecture de romans, d’articles de presse et même d’écrits professionnels, voire de volumineux rapports, leur paraitra plus facile. La rédaction d’e-mails ne représentera plus, pour eux, un danger majeur. Ils pourront songer à devenir l’assistant personnel d’un important directeur de musée, voire directeur de musée eux-mêmes.

Or, n’est-ce pas ce que veut l’école? N’est-ce pas ce qu’il est dans sa mission primordiale de permettre?

Polguère, Alain. Lexicologie et sémantique lexicale: notions fondamentales. 3e édition. Les Presses de l’Université de Montréal, 2016.

Et si la maîtrise de la langue française passait par des rencontres avec Verlaine ou Victor Hugo? Sur un mode ludique. C’est la méthode innovante développée par Christian Jacomino. A partir de poèmes, contes… écrits par les plus grands auteurs, il a conçu des petits livres numériques. Les élèves doivent retrouver les mots qui disparaissent peu à peu pour reconstituer les plus beaux textes de la littérature française. Il invite parents, enseignants, éducateurs à se saisir de ces outils disponibles gratuitement.

Tout l’article

On n’enseigne pas le français, en France, comme on enseigne l’anglais ni même les mathématiques. Pour la raison que l’avenir des mathématiques ne dépend pas vraiment de la manière dont elles sont enseignées en France, ni même de ce qu’elles le soient.

Si, demain, les écoles de notre pays n’enseignaient plus les mathématiques, ce serait dommage pour leurs élèves, ce serait dramatique pour le pays, sans doute, mais les mathématiques ne s’en porteraient pas plus mal, puisque l’on continuerait de les enseigner ailleurs. En revanche, pour ce qui est de la langue, il n’en va pas ainsi.

Sans doute restera-t-il toujours une université américaine, ou australienne, ou japonaise, enfouie sous les arbres, pour enseigner la langue de Verlaine à une poignée d’étudiants triés sur le volet. Des étudiants qui en sauront peut-être plus sur cette langue que nos propres étudiants d’aujourd’hui. Mais ceux-ci la scruteront alors, et l’apprendront alors comme une langue morte.

L’avenir du français dépend de la manière dont il est enseigné, jour après jour, dans notre pays. Ce qui signifie que l’un des buts principaux de cet enseignement regarde la langue elle-même. Quoi qu’on en dise. Même si l’on fait mine de l’oublier.

Une école existe d’abord pour transmettre une tradition. On étudie une langue et on l’enseigne, d’abord pour pouvoir continuer de lire ce qui s’est écrit, au fil des siècles, dans cette langue. L’intérêt personnel des élèves ne vient qu’ensuite. Il est très important, sans doute. Mais un avenir doit se construire sur un socle, s’envisager dans un cadre, ou dans un élément, comme on dit de l’air et de la mer.

La langue est l’élément premier dans lequel s’envisage l’avenir de nos enfants. Et celui-ci doit être préservé, comme l’on songe enfin à préserver la nature.

La langue est la nature pour notre esprit. Et elle réclame autant de soin et d’amour, autant de respect que n’en réclame l’autre.

Qu’avons-nous enfin appris au cours des quinze ou vingt années qui viennent de s’écouler? Que nous ne pouvions pas faire n’importe quoi avec la nature. Que celle-ci a ses exigences. Ses règles, ses lois, que nous devons respecter si nous voulons éviter de lui faire du mal, de la faire souffrir, ce qui ne se produit pas sans que, tôt ou tard, nous ne souffrions nous-mêmes.

Le mal que nous faisons à la nature, c’est sur nous qu’il se retourne. Il nous mine au plus profond de nos corps, comme le découvrait Erin Brokovich, alias Julia Roberts, dans le beau film de Steven Soderbergh (2000).

Voilà ce que nous avons appris. Pour ne pas faire de mal à la nature, nous devons être à l’écoute de ses rythmes intimes. Or la langue mérite la même écoute attentive et précise. Elle recèle ses propres curiosités, elle possède ses propres exigences que l’école a pour vocation première d’enseigner aux élèves.

Et cet enseignement a un nom, depuis toujours. C’est la grammaire.

Voir aussi
La Langue n’est pas une mathématique

La méthode d’apprentissage de la lecture-écriture avec les « Moulins à paroles » (M@P) repose sur cinq principes.

  1. La langue s’apprend. L’élève s’éveille à l’idée qu’il parle avec les mots des autres, dans les formes (les règles) et avec les contenus (les richesses) d’une langue partagée, qu’il doit connaitre et respecter pour communiquer de la manière la plus exacte avec ceux qui l’entourent.
  2. L’étude de la langue s’opère dans des textes classiques. On fait travailler ensemble l’intelligence et la sensibilité, on ne sépare pas le goût de l’art et celui de la grammaire. On garde à l’esprit la question que pose Jean-Claude Milner : « Que faut-il que soit la langue pour qu’on puisse en désigner aussi bien l’objet d’une science que l’objet d’un amour » (L’amour de la langue, 1978, p. 25).
  3. L’apprentissage s’opère sur un mode actif et ludique, entendu que l’exactitude, l’effort, la précision, la répétition, la coopération et la compétition font partie du jeu.
  4. Le mentor a toujours clairement à l’esprit les notions qu’il souhaite faire acquérir aux élèves, même si celles-ci ne sont pas nécessairement explicitées mais plutôt activées par des représentations et des manipulations. Ce qu’on ne peut pas dire (encore), on le montre.
  5. L’enfant est celui qui apprend, et qui en éprouve de la joie. Les autres motivations sont secondaires.

Pour aller plus loin

Chères collègues et amies,

Je vous souhaite, au nom de toute l’équipe des Porteurs de « Moulins à paroles » (M@P), une stimulante et lumineuse année 2018 !

Des travaux importants ont été réalisés sur notre site pendant cette période de vacances.

Il s’agit, d’une part, d’un nouveau catalogue des M@P, qui s’ajoute à l’ancien. Celui-ci est fait pour permettre des recherches multi-critères. Il vous fournira un classement par siècle, des informations sur les thèmes abordés, sur les niveaux de difficulté, ainsi que sur les peintres et photographes auxquels nous avons demandé ou emprunté des illustrations.

Ancien et nouveau, les 2 catalogues se retrouvent sur cette page.

Par ailleurs, la proposition méthodologique pour l’apprentissage initial intitulée « Deux écritures », que certaines d’entre vous ont commencé d’expérimenter dans leurs classes, s’est beaucoup étoffée.

La page d’accueil du projet est ici.

Quant à la définition de la méthode et aux premiers outils pédagogiques nécessaires pour la mettre en œuvre, vous les trouverez ici.

Si vous souhaitez vous engager dans cette expérimentation, ou seulement être mieux informée de son contenu, n’hésitez pas à nous le faire savoir !

Je rappelle enfin que notre site montre un signe + en haut à gauche de sa page d’accueil, et que c’est sur lui qu’il faut cliquer pour accéder à + de ressources!

Allez !… Comme chante Camille, Allons…

La ferveur dont témoigne le peuple à l’égard de Johnny Halliday trahit une souffrance, non pas d’être pauvre mais de n’être pas libre comme lui l’a été, a tellement voulu l’être, à quel prix. Ses obsèques ont donné lieu à une cérémonie religieuse, la plus belle sans doute à laquelle il nous ait été donné d’assister. Le moment de la prière universelle, pris en charge par Carole Bouquet en dialogue avec le quatuor des guitaristes, était à la fois bouleversant et joyeux. Carole Bouquet souriait au milieu des larmes. Les guitaristes semblaient descendus d’une roulotte. Et l’on se souvenait que Daniel Rondeau, quelques instants auparavant, avait parlé de notre rocker comme d’un artiste forain. Un saltimbanque à la manière de ceux en bleu et rose que Picasso et Apollinaire célébraient. Il reste à espérer que cette cérémonie servira de modèle à beaucoup d’autres, et qu’on ira plus loin, en encourageant les croyants des autres religions à s’y exprimer, et les non-croyants aussi. Nous méritons la paix. Fini de visionner, sur Netflix, la saison 1 de Stranger Things des frères Matt et Ross Duffer. L’utilisation du noir m’a fait songer à Anish Kapoor. La nuit était du même noir, hier, à cinq heures, quand je suis sorti pour acheter de la bière et qu’il pleuvait.