Un petit cochon
Pendu au plafond,
Tirez-lui la queue,
Il pondra des œufs,
Tirez-la plus fort,
Il pondra de l’or.
Combien en voulez-vous ?

Sur les comptines et formulettes d’élimination → Wikipédia

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Deux écritures est une méthode syllabique d’apprentissage de la lecture-écriture en français qui consiste à partir de la forme orale des mots, c’est-à-dire de la perception que les enfants ont de ceux-ci avant de savoir lire. Ainsi, on ne se demande pas d’abord comment se dit ce que l’on voit, mais plutôt comment ce que l’on dit vient se marquer (s’imprimer) à l’écrit.

La première constatation que les élèves sont invités à faire est qu’il n’existe pas de correspondance régulière (1 pour 1) entre la chaîne de signes que l’on entend (phonèmes) et celle des signes que l’on voit (lettres). Cela s’observe dans un mot d’une seule syllabe comme JOUR. On met en évidence que cette syllabe se compose de 3 signes qu’on entend (sons ou phonèmes) tandis que le mot écrit se compose de 4 signes (lettres).

On fait entendre que le son clair, qui est au cœur de cette syllabe, est le /u/ et qu’il se marque (s’imprime) avec deux lettres. Nous convenons que désormais celui-ci, dans tous les cas, sera appelé voyelle, et que l’on coloriera en bleu la ou les les lettres qui le marquent.

Les autres sons ne sont pas clairs, ce sont plutôt des bruits. Nous convenons que désormais ils seront appelés consonnes, et que nous colorierons en rouge les lettres qui les marquent.

Après quoi, nous découpons d’autres mots en syllabes et, dans chaque syllabe, nous faisons le même travail. Ce qui signifie que le mode d’apprentissage proposé aux élèves consiste à produire un codage colorié de mots dont ils n’ont pas à prédire la forme orale à partir de la forme écrite, ni l’inverse, qu’ils n’ont donc pas à lire ou à écrire, mais dont leur seront indiquées, d’entrée de jeu, la forme orale et la forme écrite.

Remarques

  1. La méthode des Deux écritures pourrait être qualifiée d’ultra-syllabique dans la mesure où elle repose toute entière sur la perception et la manipulation de la syllabe, sans que soit enseignée une valeur phonétique supposée des graphèmes. Ceux-ci, en effet, (a) sont jugés trop nombreux pour fournir une base d’apprentissage, (b) ont le statut d’entités abstraites dont la réalité (et donc la valeur phonétique) ne se vérifie qu’à l’intérieur des mots-formes une fois ceux-ci identifiés et donc compris (ex. BER.GER).
  2. À la différence de plusieurs autres méthodes, Deux écritures ne se propose pas de codifier les contrastes phonémiques à l’intérieur des trois grands systèmes (voyelles, consonnes, semi-consonnes), ce qui serait le cas si nous attribuions la même couleur à tous les phonogrammes correspondant au même phonème. Nous nous en tenons à contraster, à l’intérieur de la syllabe, la voyelle et ses éventuels satellites des deux catégories: consonnes et semi-consonnes. Pourquoi? D’abord parce que, sur le versant de la lecture, il ne nous paraît pas opportun de remplacer le système d’écriture alphabétique de la langue par un autre système qui le redoublerait, que l’élève aurait à apprendre et qui s’avèrerait au moins aussi complexe. Ensuite parce que, sur le versant de l’écriture, nous souhaitons que l’élève puisse, le plus tôt possible, aller chercher lui-même, derrière l’écriture canonique, la chaîne de contrastes phonémiques catégoriels (voyelle, consonnes, semi-consonnes) qui forme l’architecture de la syllabe. Or, avec le système restreint que nous proposons, il peut se livrer lui-même à ce codage, qui représente un travail de manipulation matérielle, dès la première séquence de découverte.

À l’invitation de Bruno De Cara, j’interviendrai demain devant les professeurs stagiaires du CAPPEI (Certificat d’aptitude professionnelle aux pratiques de l’éducation inclusive) de l’ESPE de Nice, en son pôle de Draguignan, pour leur présenter la méthode des « Deux écritures ».

Ci-dessous le diaporama que j’ai préparé pour cette rencontre, que je fais suivre de quelques remarques.

Les méthodes classiques d’apprentissage de la lecture-écriture en français reposent sur la prédiction. On enseigne des règles qui permettraient de prédire l’oral à partir de l’écrit (lecture) ou de prédire l’écrit à partir de l’oral (écriture). Or ces règles sont très nombreuses et toutes incertaines.

Il est plus difficile de les apprendre que d’apprendre à lire et à écrire. Et, parce qu’il n’en est pas une seule sur laquelle il puisse s’appuyer de manière sûre, elles procurent à l’élève un sentiment de désarroi et d’insécurité.

À la différence de celles-ci, la méthode des « Deux écritures » consiste à observer et à décrire la réalité des mots-formes. Elle donne l’occasion aux élèves de parler de ces mots, de les scruter et de les manipuler jusqu’à produire des codages convaincants.

L’élève qui apprend à lire-écrire se voit ainsi engagé dans une démarche expérimentale, à caractère collectif, qui comporte des essais, des tâtonnements, des vérifications, des erreurs, des corrections, et qui permet de dégager des règles de manière inductive.

Exemple:

  • Quelqu’un propose de coder la forme PETIT, telle qu’on l’entend dans J’ai un petit frère.
  • Pierre propose PE.TIT ♦︎♦︎.♦︎♦︎♦︎
  • On demande à Julie de lire ce mot tel que Pierre l’a codé.
  • Julie prononce alors, si sa lecture est exacte, la forme PETITE telle qu’on la rencontre dans J’ai une petite sœur.
  • On remarque ainsi que le ‘e’ muet fait entendre une consonne terminale qui se note à l’écrit mais qui, sans lui, resterait muette.
  • La forme PETIT, telle qu’on l’entend dans J’ai un petit frère, doit donc se coder PE.TIT  ♦︎♦︎.♦︎♦︎

Activités d’apprentissage

– Mais, avec vos quatre couleurs, que prétendez-vous montrer ?
– Je montre une écriture qui se cache derrière l’écriture. Comme quand, suite à un accident, une radiographie vous montre ce qui se cache dans la profondeur de votre jambe ou de votre bras…
– Il ne nous suffisait pas d’avoir affaire à une écriture…
– Il en existe deux. L’une qui cache l’autre…
– Et quelle serait l’une ?
– Celle que vous voyez… Quand vous lisez : « (Les enfants ) chantent », la forme chantent compte huit lettres.
– Sur ce point, je ne peux que vous approuver. Mais qu’y voyez-vous à redire?
– J’y vois à redire que ces huit lettres apparaissent bien distinctes (nous pouvons les dénombrer)… Tandis qu’à un niveau plus profond, elles ne le sont pas.
– Saperlipopette ! D’où vous vient cette idée ?
– Je prétends que cette distinction d’apparence recouvre un arrière-plan où les lettres n’ont pas toutes le même statut, pas la même valeur, et où certaines s’associent…
– Je crois deviner. Le ‘c’ et le ‘h’ forment un seul signe, de même que le ‘a’ et le ‘n’, tandis que le ‘t’ s’entend seul, et que la chaîne ‘ent’ ne s’entend pas du tout…
– Vous voici en chemin. Êtes-vous converti ?
– Une écriture donc qui montrerait ce qu’on entend…
– … derrière celle qui s’affiche. Qui s’offre si volontiers à la vue…
– Et l’avantage pour l’élève…?
– Je le constate dans les ateliers que j’anime au quotidien. Mais, du point de vue théorique, ces vérifications sont à peine nécessaires.
– Vous paraissez bien sûr…!
– Ne riez pas. Si cette seconde écriture existe, si elle opère bien en arrière-plan comme l’étude le démontre, et si c’est bien sur l’aperception que l’on peut en avoir que repose le travail de lecture, alors je ne conçois pas comment nous pourrions ne pas gagner à la mettre en évidence. À la montrer.
– « La vérité est toujours révolutionnaire… », affirmait éhontément Vladimir Illitch Oulianov, alias Lénine.
– Quel âge aviez-vous en 68 ? Bien sûr, vous n’étiez pas né.e…
– Etc…