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La grande chaleur d’août, la nuit passée à l’encre du repos, du retrait solaire, les formes des cyprès, des oliviers, des pins, sur une colline gris et blanc aux étoiles, tracée de vignes, remuée d’insectes, de rumeurs, tout cela était une profusion de signes ; signes qui annonçaient tous, qui tous disaient ensemble : Méditerrannée.

Jacques Roubaud, ‘le grand incendie de londres’, Édition du Seuil, 2009, p. 373.

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When you are old and grey and full of sleep,
And nodding by the fire, take down this book,
And slowly read, and dream of the soft look
Your eyes had once, and of their shadows deep;

How many loved your moments of glad grace,
And loved your beauty with love false or true,
But one man loved the pilgrim soul in you,
And loved the sorrows of your changing face;

And bending down beside the glowing bars,
Murmur, a little sadly, how Love fled
And paced upon the mountains overhead
And hid his face amid a crowd of stars.

W.B. Yeats. Quarante-cinq poèmes, suivi de La Résurrection. Présentation, choix et traduction de Yves Bonnefoy. Édition bilingue. Poésie/Gallimard, 1993, p. 45. [Hermann, 1989, pour la traduction française.]

Ces vers furent écrits le 21 octobre 1891. Yeats s’adresse à Maud Gonne.

À rapprocher de Ronsard : Quand vous serez bien vieille…

Monsieur de Sainte Colombe entrouvrit le cahier de musique en maroquin tandis que Monsieur Marais versait un peu de vin cuit et rouge dans son verre. Monsieur Marais approcha la chandelle du livre de musique. Ils regardèrent, refermèrent le livre, s’assirent, s’accordèrent. Monsieur de Sainte Colombe compta la mesure vide et ils posèrent leurs doigts. C’est ainsi qu’ils jouèrent les Pleurs. À l’instant où le chant des deux violes monte, ils se regardèrent. Ils pleuraient.

Tous les matins du monde, Pascal Quignard, Gallimard, 1991, p. 134-135.

Soudain je ne vis plus la mer que dans un brouillard. Je me sentis étouffer. Je portai la main à mon front, il était inondé de sueur. J’avais la racine des cheveux trempée. Une goutte glissait lentement le long de mon dos. Sans doute la mort n’était-elle que cela: un brouillard bleu, une chute légère. J’aurais pu mourir, je ne me serais pas débattue.
Je saisis au passage cette phrase qui n’avait fait qu’effleurer ma conscience et était prête à s’en échapper aussitôt sur la pointe des pieds: « Je ne me débattrais pas. » (81)

Le bonheur est une chose plane, sans repères. Aussi de cette période à Cannes ne me reste-t-il aucun souvenir précis, sauf ces quelques instants malheureux, les rires de Luc et, dans la chambre, la nuit, l’odeur suppliante et fade du mimosa d’été. (82)

Un certain sourire, Françoise Sagan, René Julliard, 1956 [Pocket, 4061]

Le clavecin chanta sur un mode plaintif et très doux, puis la masse noire fondit en une fumée qui suivit le rayon de la lune avant de disparaître. Une douceur infinie glissa au cœur de Théodule, le sommeil lui revint immédiatement et le recueillit comme une onde salvatrice.
Mais avant d’y plonger dans la béatitude et l’oubli, il vit une grande ombre s’interposer entre lui et la clarté de la veilleuse.
Il vit une immense figure tournée vers lui, si grande que le plafond fut soulevé par elle et que son front s’entoura d’une parure d’étoiles. Elle était plus ténébreuse que la nuit même et empreinte d’une tristesse si grande et si grave que tout l’être de Notte en frémit de douleur.
Il sut alors, par une révélation éclose au plus profond de son âme, qu’il venait de se trouver face-à-face avec le Grand Nocturne.

Le Grand Nocturne & Les Cercles de l’épouvante, Jean Ray, Alma éditeur, Paris, 2017, p. 38. [Le Grand Nocturne, Bruxelles, 1942.]

Selon Marx, l’un des événements fondateurs de la société moderne avait été la division entre travail manuel et travail intellectuel. Le récit potterien la transpose en division entre moldus et sorciers. Mis à part la terminologie, l’intuition est la même et la promesse est analogue, non moins que la menace : l’avenir appartient à la réconciliation entre travail manuel et travail intellectuel ; en l’absence de réconciliation, l’asservissement de tous est inévitable.

Jean-Claude Milner, Harry Potter. À l’école des sciences morales et politiques, PUF, 2014, p. 174.