Il n’avait plus que trente milles pour arriver à sa maison, et il se réjouissait déjà du plaisir de voir ses enfants ; mais, comme il fallait passer un grand bois avant de trouver sa maison, il se perdit.

Il neigeait horriblement ; le vent était si grand, qu’il le jeta deux fois en bas de son cheval ; la nuit étant venue, il pensa qu’il mourrait de faim ou de froid, ou qu’il serait mangé par des loups, qu’il entendait hurler autour de lui.
Tout d’un coup, en regardant au bout d’une longue allée d’arbres, il vit une grande lumière, mais qui paraissait bien éloignée. Il marcha de ce côté-là, et vit que cette lumière sortait d’un grand palais qui était tout illuminé.

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N’écris pas. Je suis triste, et je voudrais m’éteindre.
Les beaux étés sans toi, c’est la nuit sans flambeau.
J’ai refermé mes bras qui ne peuvent t’atteindre,
Et frapper à mon cœur, c’est frapper au tombeau.
N’écris pas !

N’écris pas. N’apprenons qu’à mourir à nous-mêmes.
Ne demande qu’à Dieu… qu’à toi, si je t’aimais !
Au fond de ton absence écouter que tu m’aimes,
C’est entendre le ciel sans y monter jamais.
N’écris pas !

N’écris pas. Je te crains ; j’ai peur de ma mémoire :
Elle a gardé ta voix qui m’appelle souvent.
Ne montre pas l’eau vive à qui ne peut la boire.
Une chère écriture est un portrait vivant.
N’écris pas !

N’écris pas ces doux mots que je n’ose plus lire :
Il semble que ta voix les répand sur mon cœur ;
Que je les vois brûler à travers ton sourire ;
Il semble qu’un baiser les empreint sur mon cœur.
N’écris pas !

[J’ai suivi, pour ce M@P, le texte donné par la belle édition: Ronsard & Muret, Les Amours, leurs Commentaires (1553), de Christine de Buzon et Pierre Martin, coll. « Classiques Didier Érudition », Didier Érudition, 1999, pp. 33-34, en en modernisant néanmoins l’orthographe. Je rétablis l’orthographe originale dans la copie suivante:]

Je veus darder par l’univers ma peine,
Plus tôt qu’un trait ne vole au descocher:
Je veus de miël mes oreilles boucher,
Pour n’ouïr plus la vois de ma Sereine.

Je veus muer mes deus yeus en fontaine,
Mon cœur en feu, ma teste en un rocher,
Mes piés en tronc, pour jamais n’aprocher
De sa beauté si fierement humaine.

Je veus changer mes pensers en oiseaus,
Mes dous soupirs en Zephyres nouveaus,
Qui par le monde evanteront ma pleinte.

Et veus encor’ de ma palle couleur,
Aux bors du Loir enfanter une fleur,
Qui de mon nom & de mon mal soit peinte.

Les Amours (1553), Sonnet 16

[J’ajoute le commentaire de Muret, qui paraît donc dans une édition des Amours qui est contrôlée par Ronsard lui-même:]

Je veux darder.) Il dit qu’il veut faire entendre à tout le monde les maus qu’il endure pour aimer : & apres se changer en telle sorte qu’il n’aie aucun sentiment, affin de ne retourner plus vers celle qui le tourmente. De miel.) De cire. Sereine.) Les Sereines furent filles du fleuve Achelois, & d’une des Muses (les uns disent de Calliope, les autres de Terpsichore) qui avoient le cors en facon d’oiseaus et le bas en forme de pucelles : ou comme les autres disent, le haut en forme de pucelles, & le bas en forme de poissons. Elles se tenoient en une Ile de la mer Sicilienne, qui se nommait Ile Fleurie, & chantoient merveilleusement bien, tellement qu’elles allechoient les nautonniers par la douceur de leurs chans, & les tiroient en des destroits de mer, ou ils perissoient. Mais Ulysse, qui avoit été averti de cela par la Nymphe Calypson, lors qu’il i voulut passer, etoupa de cire les oreilles de tous ses compagnons, & se fit lier étroitement au mas de la navire : & par ainsi evita le danger. Homere le raconte au dousième de l’Odyssée. Je parlerai quelque fois des Sereines plus amplement sur le cinquième des Odes, en l’Ode aux trois princesses Angloises. Qui de mon nom.) C’est une allusion à la fable d’Ajax, lequel apres qu’il se fut tué, pour n’avoir peu obtenir les armes d’Achilles : de son sang sortit une fleur, aux fueilles de laquelle étaient écrites ces lettres A, I, qui sont les premieres lettres de son nom : et outre ce sont signifiance de douleur : car A I en Grec est à dire, Helas. Voi Ovide au tresieme de la Metamor.

Beaux et grands bâtiments d’éternelle structure,
Superbes de matière, et d’ouvrages divers,
Où le plus digne roi qui soit en l’univers
Aux miracles de l’art fait céder la nature:

Beau parc et beaux jardins, qui dans votre clôture,
Avez toujours des fleurs, et des ombrages verts,
Non sans quelque démon qui défend aux hivers
D’en effacer jamais l’agréable peinture:

Lieux qui donnez aux cœurs tant d’aimables désirs,
Bois, fontaines, canaux, si parmi vos plaisirs
Mon humeur est chagrine et mon visage triste,

Ce n’est point qu’en effet vous n’ayez des appas;
Mais, quoi que vous ayez, vous n’avez point Caliste;
Et moi, je ne vois rien quand je ne la vois pas.

→ Attention ! François de Malherbe est un poète officiel de la cour de 1605 à 1628, sous Henri IV, puis sous la régence de Marie de Médicis, puis sous Louis XIII, c’est-à-dire à un moment où le Château de Versailles n’est pas encore construit. En revanche, c’est bien dans les jardins de Versailles que Bernar Venet est invité, en 2011, à installer des œuvres. Il fait suite alors à Jeff Koons (2008), Xavier Veilhan (2009) et Takashi Murakami (2010).

Le Fils du roi, qu’on alla avertir qu’il venait d’arriver une grande Princesse qu’on ne connaissait point, courut la recevoir. Il lui donna la main à la descente du carrosse, et la mena dans la salle où était la compagnie. Il se fit alors un grand silence. On cessa de danser et les violons ne jouèrent plus, tant on était attentif à contempler les grandes beautés de cette inconnue. On n’entendait qu’un bruit confus: «Ah! qu’elle est belle!» Le Roi même, tout vieux qu’il était, ne laissait pas de la regarder, et de dire tout bas à la reine qu’il y avait longtemps qu’il n’avait vu une si belle et si aimable personne.

Histoires ou contes du temps passé (1697)

Ô cette chaude matinée de février. Le Sud inopportun vint relever nos souvenirs d’indigents absurdes, notre jeune misère.
Henrika avait une jupe de coton à carreau blanc et brun, qui a dû être portée au siècle dernier, un bonnet à rubans, et un foulard de soie. C’était bien plus triste qu’un deuil. Nous faisions un tour dans la banlieue. Le temps était couvert, et ce vent du Sud excitait toutes les vilaines odeurs des jardins ravagés et des prés desséchés.
Cela ne devait pas fatiguer ma femme au même point que moi. Dans une flache laissée par l’inondation du mois précédent à un sentier assez haut elle me fit remarquer de très petits poissons.
La ville, avec sa fumée et ses bruits de métiers, nous suivait très loin dans les chemins. Ô l’autre monde, l’habitation bénie par le ciel et les ombrages ! Le sud me rappelait les misérables incidents de mon enfance, mes désespoirs d’été, l’horrible quantité de force et de science que le sort a toujours éloignée de moi. Non ! nous ne passerons pas l’été dans cet avare pays où nous ne serons jamais que des orphelins fiancés. Je veux que ce bras durci ne traîne plus une chère image.

Illuminations (1875)

→ Sur l’interprétation du texte, voir le fin commentaire d’Alain Bardel.

Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles…
− On entend dans les bois lointains des hallalis.

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir,
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.

Les nénuphars froissés soupirent autour d’elle ;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d’où s’échappe un petit frisson d’aile :
− Un chant mystérieux tombe des astres d’or.

→ Le texte complet sur Wikisource

Recueil de Douai (1870)