Il y a une parenté entre la veilleuse qui veille et l’âme qui songe. Pour l’une comme pour l’autre le temps est lent. Dans le songe et la lueur se tient la même patience. Alors le temps s’approfondit ; les images et les souvenirs se rejoignent. Le rêveur de flamme unit ce qu’il voit et ce qu’il a vu. Il connaît la fusion de l’imagination et de la mémoire. Il s’ouvre alors à toutes les aventures de la rêverie ; il accepte l’aide des grands rêveurs, il entre dans le monde des poètes.

La Flamme d’une chandelle [1961], 2e édition, Paris, PUF, 1962, p. 12.

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Ne fallait-il pas qu’il revienne quelquefois de Paris à Bar-sur-Aube ou à Dijon pour répondre aux amicales sollicitations de ceux qui l’avaient connu là-bas, qui se souvenaient de lui et qui lui écrivaient ? Et, dans de telles occasions, quel autre moyen de transport eût-il pu emprunter que le train ? L’autre question est de savoir à partir de quelle année il consent à laisser Suzanne seule dans le petit appartement qu’ils habitaient ensemble au 47 ter du boulevard Saint-Germain, près de la Place Maubert. Celle-ci qu’il fut seul à élever, sa mère, Jeanne Rossi, une jeune institutrice qu’il avait épousée le 8 juillet 1914, étant morte de la tuberculose en juin 1920, quand Suzanne était née le 18 octobre 1919, et tandis que lui-même avait été mobilisé le 2 août 1914, soit moins d’un mois après son mariage, d’où s’en suivirent trente-huit mois passées dans les tranchées des unités combattantes, qui lui valurent l’attribution de la Croix de guerre, et une libération qui n’intervient en fin de compte que le 16 mars 1919.

Au début de La flamme d’une chandelle, qui est le dernier livre de lui publié de son vivant, en 1961, et le premier de lui que j’ai lu avant que la même décennie s’achève, Gaston Bachelard indique : « Le fantastique instrumenté par des concepts tirés de l’expérience des cauchemars ne retiendra pas notre attention (11) ». Et encore : « En écrivant sur la chandelle, nous voulons gagner des douceurs d’âme. Il faut avoir des vengeances à exercer pour imaginer l’enfer. Il y a dans les êtres de cauchemar un complexe des flammes d’enfer que nous ne voulons pas, de près ou de loin, alimenter (11). »