Il survint une grosse pluie qui les perça jusqu’aux os ; ils glissaient à chaque pas et tombaient dans la boue, d’où ils se relevaient tout crottés, ne sachant que faire de leurs mains. Le Petit Poucet grimpa au haut d’un arbre pour voir s’il ne découvrirait rien ; ayant tourné la tête de tous côtés, il vit une petite lueur comme d’une chandelle, mais qui était bien loin par-delà la forêt. Il descendit de l’arbre ; et lorsqu’il fut à terre, il ne vit plus rien ; cela le désola.

Histoires ou Contes du temps passé (1697)

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During the whole of a dull, dark, and soundless day in the autumn of the year, when the clouds hung oppressively low in the heavens, I had been passing alone, on horseback, through a singularly dreary tract of country; and at length found myself, as the shades of the evening drew on, within view of the melancholy House of Usher.
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Traduction française de Charles Baudelaire
Pendant toute la journée d’automne, journée fuligineuse, sombre et muette, où les nuages pesaient lourd et bas dans le ciel, j’avais traversé seul et à cheval une étendue de pays singulièrement lugubre, et enfin, comme les ombres du soir approchaient, je me trouvai en vue de la mélancolique Maison Usher.
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C’est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Registre de Douai (1870)

Remarque

Le 19 juillet 1870, la France déclare la guerre à la Prusse. Et le 2 septembre se déroule à Sedan une bataille décisive à l’issue de laquelle l’empereur Napoléon III doit capituler. Au même moment, un garçon de quinze ans à peine (il atteindra ses seize ans le 20 octobre de la même année) s’enfuit par deux fois du domicile familial, situé à Charleville. La première fois, départ le 29 août en train, il veut rejoindre Paris où il est arrêté pour vagabondage, emprisonné, puis pris en charge par un jeune professeur de français, Georges Izambard, qui le recueille dans sa maison de Douai avant de le rendre à sa mère. Il récidive le 6 ou le 7 octobre. Son second voyage le conduit en train puis à pied à travers la Belgique, avant de le ramener à Douai chez le même professeur. Le fugueur s’appelle Arthur Rimbaud. A-t-il réellement rencontré, sur les chemins de la forêt des Ardennes où il errait, le corps du soldat qu’il décrit? L’a-t-il seulement imaginé? Nul ne le saura jamais. Le fait est qu’il compose, presque sur le motif, comme ferait un journaliste, un sonnet stupéfiant de virtuosité. Celui-ci se lit comme un hymne à la paix parmi les plus bouleversants que la poésie universelle nous offre à partager.

Géographie → Sedan – Charleville – Paris – Douai – Charleville (LIEN)

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Propositions d’écriture

  1. Composez un texte dont le dernier vers ou la dernière phrase contiendra une information surprenante qui en modifiera le sens.
  2. Un adolescent a fait une fugue. Les gendarmes le ramènent. Un enseignant lui écrit. Dans sa lettre, il cite Rimbaud.

Chansons

  • Lord Help the Poor & Needy…, traditionnel, par Cat Power (LIEN)
  • Le Déserteur, de Boris Vian, interprété par Serge Reggiani (LIEN)
  • Blowin’ In the Wind, de Bob Dylan, interprété par lui (LIEN)

Voir aussi