Strings in the earth and air
Make music sweet;
Strings by the river where
The willows meet.

There’s music along the river
For Love wanders there,
Pale flowers on his mantle,
Dark leaves on his hair.

All softly playing,
With head to the music bent,
And fingers straying
Upon an instrument.

Chamber Music (1907)

Essai de traduction

Des cordes en terre et en l’air
Font une douce musique;
Des cordes près de la rivière
Où les saules se rencontrent.

De la musique le long de la rivière,
Parce qu’Amour y flâne,
Pâles fleurs sur son manteau,
Sombres feuillages dans ses cheveux.

Très doucement il joue,
La tête sur la musique penchée,
Et les doigts errants
Sur un instrument.

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir;
Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir;
Valse mélancolique et langoureux vertige!

Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir;
Le violon frémit comme un cœur qu’on afflige;
Valse mélancolique et langoureux vertige!
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

Le violon frémit comme un cœur qu’on afflige,
Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir!
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir;
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige.

Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige!
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige…
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir!

Les Fleurs du mal (1857)

Le mai le joli mai en barque sur le Rhin
Des dames regardaient du haut de la montagne
Vous êtes si jolies mais la barque s’éloigne
Qui donc a fait pleurer les saules riverains

Or des vergers fleuris se figeaient en arrière
Les pétales tombés des cerisiers de mai
Sont les ongles de celle que j’ai tant aimée
Les pétales flétris sont comme ses paupières

Sur le chemin du bord du fleuve lentement
Un ours un singe un chien menés par des tziganes
Suivaient une roulotte traînée par un âne
Tandis que s’éloignait dans les vignes rhénanes
Sur un fifre lointain un air de régiment

Le mai le joli mai a paré les ruines
De lierre de vigne vierge et de rosiers
Le vent du Rhin secoue sur le bord les osiers
Et les roseaux jaseurs et les fleurs nues des vignes

Alcools (1913)

Vie brève

  • 1880 (25 août). Naissance à Rome, sujet polonais de l’Empire russe par sa mère, de père inconnu.
  • 1882. Naissance de son frère (ou demi-frère) Alberto Eugenio Giovanni.
  • 1887-1895. Études à Monaco, Cannes et Nice.
  • 1900. La famille s’installe à Paris. Guillaume étudie la sténographie et devient employé de banque.
  • 1901 (août)-1902 (août). Préceptorat en Rhénanie, dans les propriétés de Madame la vicomtesse Élinor de Milhau. S’éprend d’Annie Playden, jeune nurse (elle est née comme lui en 1880) venue de Londres.
    • « Mai » est daté de mai 1902 à Leutesdorf.
  • 1903 (novembre). Se rend à Londres pour tenter de reprendre contact avec Annie Playden.
  • 1904 (mai 1904). Retourne à Londres mais s’y heurte au refus de la même Annie Playden. Peu de temps après, celle-ci quitte l’Angleterre et s’installe aux États-Unis. Mariée sous le nom de Mrs Postings, elle mourra en 1967 à Los Angeles.
  • 1905 (février). Rencontre Pablo Picasso, né à Malaga (Espagne) en 1881 et installé à Paris depuis 1900.
    • Picasso peint Famille de saltimbanques (période rose).
    • (décembre). Première parution de « Mai » en revue (Vers et Prose, t. IV).
  • 1909 (février). Première publication en revue de « Saltimbanques » et « Crépuscule » (Les Argonautes, n° 9).
  • 1913 (fin avril). Parution d’Alcools.
  • 1914 (décembre). S’engage dans l’armée française.
  • 1915. Obtient le grade de sous-lieutenant.
  • 1916 (9 mars). Obtient la nationalité française.
  • 1916 (17 mars). Dans une tranchée du bois des Buttes, près de Berry-au-Bac, est blessé à la tête par un éclat d’obus. Trépané le 9 mai.
  • 1918 (2 mai). À Paris, épouse Jacqueline Kolb. Picasso est son témoin avec Ambroise Vollard.
  • 1918 (9 novembre). Mort (il a 38 ans) de la grippe espagnole. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise.

> À la mémoire d’Annie Playden, une traduction anglaise d’Olivier Bernard (2004)