Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles…
− On entend dans les bois lointains des hallalis.

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir,
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.

Les nénuphars froissés soupirent autour d’elle ;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d’où s’échappe un petit frisson d’aile :
− Un chant mystérieux tombe des astres d’or.

→ Le texte complet sur Wikisource

Recueil de Douai (1870)

Publicités

Le grand ours est dans la cage,
Il s’y régale de miel.
La Grande Ourse est dans le ciel,
Au pays bleu des orages.

Bisque ! Bisque ! Bisque ! Rage !
Tu n’auras pour tout potage
Qu’un balai dans ton ménage,
Une gifle pour tes gages,
Ta chambre au dernier étage
Et un singe en mariage.

Chantefables et Chantefleurs (1944)

Ce diaporama nécessite JavaScript.

La grande chaleur d’août, la nuit passée à l’encre du repos, du retrait solaire, les formes des cyprès, des oliviers, des pins, sur une colline gris et blanc aux étoiles, tracée de vignes, remuée d’insectes, de rumeurs, tout cela était une profusion de signes ; signes qui annonçaient tous, qui tous disaient ensemble : Méditerrannée.

Jacques Roubaud, ‘le grand incendie de londres’, Édition du Seuil, 2009, p. 373.

El campo
de olivos
se abre y se cierra
como un abanico.
Sobre el olivar
hay un cielo hundido
y una lluvia oscura
de luceros fríos.
Tiembla junco y penumbra
a la orilla del río.
Se riza el aire gris.
Los olivos
están cargados
de gritos.
Una bandada
de pájaros cautivos,
que mueven sus larguísimas
colas en lo sombrío.

Poema del cante hondo (1921)

Votre âme est un paysage choisi
Que vont charmant masques et bergamasques
Jouant du luth et dansant et quasi
Tristes sous leurs déguisements fantasques.

Tout en chantant sur le mode mineur
L’amour vainqueur et la vie opportune
Ils n’ont pas l’air de croire à leur bonheur
Et leur chanson se mêle au clair de lune,

Au calme clair de lune triste et beau,
Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres
Et sangloter d’extase les jets d’eau,
Les grands jets d’eau sveltes parmi les marbres.

Fêtes galantes (1869)

Je nageais lentement dans l’obscurité de la piscine, l’esprit apaisé, partageant mes regards entre la surface de l’eau que mes brasses lentes et silencieuses altéraient à peine et le ciel immense dans la nuit, visible de toutes parts, par les multiples ouvertures de la baie vitrée qui offraient au regard des perspectives illimitées. J’avais le sentiment de nager au cœur même de l’univers, parmi les galaxies presque palpables. Nu dans la nuit de l’univers, je tendais doucement les bras devant moi et glissais sans un bruit au fil de l’onde, sans un remous, comme dans un cours d’eau céleste, au cœur même de cette Voie lactée qu’en Asie on appelle la Rivière du Ciel.

Dans Faire l’amour, Éditions de Minuit, 2002, p. 43