Seul, je restai simplement devant le Grand-Hôtel à attendre le moment d’aller retrouver ma grand’mère, quand, presque encore à l’extrémité de la digue où elles faisaient mouvoir une tache singulière, je vis s’avancer cinq ou six fillettes, aussi différentes, par l’aspect et par les façons, de toutes les personnes auxquelles on était accoutumé à Balbec, qu’aurait pu l’être, débarquée on ne sait d’où, une bande de mouettes qui exécute à pas comptés sur la plage—les retardataires rattrapant les autres en voletant—une promenade dont le but semble aussi obscur aux baigneurs qu’elles ne paraissent pas voir, que clairement déterminé pour leur esprit d’oiseaux.

→ Proust (M.), « À l’ombre des jeunes filles en fleurs », Deuxième partie: « Noms de pays: Le pays », dans. À la recherche du temps perdu, tome I, éd. de Pierre Clarac et André Ferré, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1954, p.788.