Philippe Despotes (mort à l’abbaye Notre-Dame de Bonport en 1606)

Icare est chu ici, le jeune audacieux,
Qui pour voler au Ciel eut assez de courage :
Ici tomba son corps degarni de plumage,
Laissant tous braves coeurs de sa chute envieux.

Ô bienheureux travail d’un esprit glorieux,
Qui tire un si grand gain d’un si petit dommage !
Ô bienheureux malheur, plein de tant d’avantage
Qu’il rende le vaincu des ans victorieux !

Un chemin si nouveau n’étonna sa jeunesse,
Le pouvoir lui faillit, mais non la hardiesse ;
Il eut, pour le brûler, des astres le plus beau.

Il mourut poursuivant une haute aventure,
Le ciel fut son désir, la mer sa sépulture :
Est-il plus beau dessein, ou plus riche tombeau ?

Jacopo Sannazaro (mort à Naples en 1530)

Icaro cadde qui: queste onde il sanno,
che in grembo accolser quelle audaci penne:
qui finìo il corso, e qui ‘l gran caso avvenne,
che darà invidia agli altri che verranno.

Avventuroso e ben gradito affanno,
poi che morendo eterna fama ottenne:
felice chi in tal fato a morte venne,
che sì bel pregio ricompensi il danno.

Ben può di sua ruina esser contento;
s’al ciel volando a guisa di colomba,
per troppo ardir fu esanimato e spento:

ed or del nome suo tutto rimbomba
un mar sì spazïoso, un elemento:
chi ebbe al mondo mai sì larga tomba?