El campo
de olivos
se abre y se cierra
como un abanico.
Sobre el olivar
hay un cielo hundido
y una lluvia oscura
de luceros fríos.
Tiembla junco y penumbra
a la orilla del río.
Se riza el aire gris.
Los olivos
están cargados
de gritos.
Una bandada
de pájaros cautivos,
que mueven sus larguísimas
colas en lo sombrío.

Poema del cante jondo (1921)

Le champ
d’oliviers
s’ouvre et se ferme
comme un éventail.
Sur l’oliveraie,
il y a un ciel écroulé
et une pluie obscure
d’étoiles froides.
Tremblent jonc et pénombre
au bord de la rivière.
L’air gris se froisse.
Les oliviers
sont lourds
de cris.
Une troupe
d’oiseaux captifs,
qui agitent leurs très longues
queues dans l’obscurité.

Petite poupée, marionnette porte-bonheur, elle se débat à ma fenêtre au gré du vent. La pluie a mouillé sa robe, sa figure et ses mains qui déteignent. Elle a même perdu une jambe. Mais sa bague reste, et, avec elle, son pouvoir. L’hiver elle frappe à la vitre de son petit pied chaussé de bleu et danse, danse de joie, de froid pour réchauffer son cœur, son cœur de bois porte-bonheur. La nuit, elle lève ses bras suppliants vers les étoiles.

Plupart du temps (1915)

Commentaire
1.1. Quatre noms désignent l’objet qui est au centre du poème. Lesquels?
R. Ce sont « poupée », « marionnette », « porte-bonheur », auxquels s’ajoute le « fétiche » du titre.

2.1. Quel est ici l’antécédent de l’anaphore (ou pronom) « elle »?
R. C’est « bague » (et non pas « poupée »).

Nous connaissons tous une histoire (une légende, une saga) au centre de laquelle se trouve une bague qui confère un immense pouvoir à celui qui la porte. Quelle est cette histoire? Et de quel pouvoir s’agit-il?
R. L’histoire est celle du Seigneur des anneaux. Et le pouvoir que la bague confère est alors celui de devenir invisible.

Citation
Comme l’écrira Aragon dans ses Chroniques du bel canto: « Jamais peut-être la poésie de la pauvreté, de la solitude, la poésie de l’homme abandonné des hommes n’a été poussée si loin que chez Pierre Reverdy. » Sous cet aspect aussi « Fétiche », que l’on découvre au seuil de l’œuvre du poète, en recèle peut-être l’un des secrets essentiels, car s’il est bien question de pauvreté, avec une résonance qui n’est pas seulement sociale mais ontologique, et si l’on assiste au drame d’une dislocation, d’un démembrement, sur un fond existentiel où tout l’être est transi, il est question aussi de la persévérance dans le monde hostile, il est question d’une bague aux pouvoirs mystérieux et d’un cœur que la déréliction n’a pas entamé. Là où Pétrarque parlait de la poésie sous les traits adorables de Laure, Reverdy, à l’aube du XXe siècle, en a parlé sous les traits d’une petite poupée accidentée que le vent d’hiver secoue et qui danse dans le froid brutal.

Pierre Reverdy, de Jean-Baptiste Para (éd. Culturefrance, Ministère des Affaires étrangères, Paris, novembre 2006, p. 49).