Quand j’ai lu Faire l’amour pour la première fois, ce n’était pas quand il est paru (2002), mais quelques années plus tard, je n’ai pas le moyen de savoir quand exactement, peut-être en 2010, je ne suis pas un lecteur assidu de romans, encore que j’avais lu et beaucoup aimé en son temps L’appareil photo (1989), j’ai pensé à Agnès B. J’ai imaginé que le personnage tellement attachant de Marie (dans le livre, puis dans les autres « saisons » de la série) pouvait avoir été inspiré par celui d’Agnès B. Cette idée me venait, si mon souvenir est exact, d’un documentaire tv que j’avais vu, il montrait Agnès B. qui prenait l’avion à Paris pour le Japon où, sous son nom (sa marque), se proposait une prestigieuse exposition d’art contemporain doublée (croisée) d’un défilé de mode. Voyage aérien qu’Agnès B. effectuait accompagnée par je ne sais plus qui (pas Serge July) et à l’arrivée duquel, tout en répondant aux questions de l’interviewer, elle faisait elle-même des photos, voire des vidéos.
Peut-être ai-je rêvé. J’ai passé un long moment aujourd’hui à rechercher la trace de ce documentaire sur la Toile, je ne l’ai pas trouvée. Je croyais me souvenir qu’il faisait partie de la série Empreintes, mais pour ce que je vois du catalogue d’Empreintes, aucun épisode d’aucune saison n’est consacré à la styliste. Si bien que je me demande si, plutôt que du Japon, il ne se serait pas plutôt agi, dans ce documentaire que j’évoque, de Hong Kong, où il apparaît qu’Agnès B. a ouvert un lieu consacré à l’art contemporain en même temps qu’à la mode. Ajoutons que cet « en même temps » inaugure une rupture dans l’histoire de l’art, où l’art renonce à toute velléité d’héroïsme, de radicalité idéologique, peut-être parce qu’il ne s’agit plus pour personne alors que de sauver sa peau en préservant ce qu’il sera possible d’élégance, d’humanité et d’humour (et, oui, en cela, quelque chose de Samuel Beckett), rupture dont il n’est pas inconcevable qu’Amélie Nothomb ait été l’instigatrice avec son Stupeur et tremblements (1999) et dont Sofia Coppola aurait ensuite confirmé l’événement, à l’échelle internationale, avec son Lost In Translation (2003). Les trois situés au Japon.
Une précision encore: Que notre nouveau, si jeune et brillant président de la république ait fait du « en même temps » une manière d’emblème, n’ajoute rien à notre propos et devrait donc être tu. Mais, bon ! En même temps, pour avoir lu Freud, on sait ce que vaut la dénégation.

Publicités


L’histoire de cette chanson traditionnelle est ancienne et pleine de richesses. On ne se lasse pas de fouiller les articles de Wikipédia (français et anglais) qui la concernent.

Pour ce M@P, j’ai retenu les paroles de la légendaire version fournie par Simon et Garfunkel en 1966 (dans l’album Parsley, Sage, Rosemary and Thyme) dont on sait qu’elle devait être reprise, l’année suivante, dans la bande originale du non moins légendaire film de Mike Nichols, The Graduate (Le Lauréat), avec Dustin Hoffman et Katharine Roos dans les rôles principaux.

Il me paraît indispensable de rappeler, néanmoins, que l’invention des deux new-yorkais avait été précédée, dès 1963, par une adaptation signée Bob Dylan, qu’il intitulait The North Country Girl, et dans laquelle le jeune folk singer originaire du Minnesota et admirateur de Woody Guthrie, tirait cette chose superbement british beaucoup plus à l’ouest.

He understood irrigation and the art of war-the qualities of weapons and the craft of boat-building. He could conceal his heart; had more endurance; he could swim longer, and steer a canoe better than any of his people; he could shoot straighter, and negotiate more tortuously than any man of his race I knew. He was an adventurer of the sea, an outcast, a ruler-and my very good friend. I wish him a quick death in a stand-up fight, a death in sunshine; for he had known remorse and power, and no man can demand more from life. [Read More…]

‘Karain: A Memory’, in Tales of Unrest (1898)

During the whole of a dull, dark, and soundless day in the autumn of the year, when the clouds hung oppressively low in the heavens, I had been passing alone, on horseback, through a singularly dreary tract of country; and at length found myself, as the shades of the evening drew on, within view of the melancholy House of Usher.
[Lire la suite…]

Traduction française de Charles Baudelaire
Pendant toute la journée d’automne, journée fuligineuse, sombre et muette, où les nuages pesaient lourd et bas dans le ciel, j’avais traversé seul et à cheval une étendue de pays singulièrement lugubre, et enfin, comme les ombres du soir approchaient, je me trouvai en vue de la mélancolique Maison Usher.
[Lire la suite…]

Le mai le joli mai en barque sur le Rhin
Des dames regardaient du haut de la montagne
Vous êtes si jolies mais la barque s’éloigne
Qui donc a fait pleurer les saules riverains

Or des vergers fleuris se figeaient en arrière
Les pétales tombés des cerisiers de mai
Sont les ongles de celle que j’ai tant aimée
Les pétales flétris sont comme ses paupières

Sur le chemin du bord du fleuve lentement
Un ours un singe un chien menés par des tziganes
Suivaient une roulotte traînée par un âne
Tandis que s’éloignait dans les vignes rhénanes
Sur un fifre lointain un air de régiment

Le mai le joli mai a paré les ruines
De lierre de vigne vierge et de rosiers
Le vent du Rhin secoue sur le bord les osiers
Et les roseaux jaseurs et les fleurs nues des vignes

Alcools (1913)

Je nageais lentement dans l’obscurité de la piscine, l’esprit apaisé, partageant mes regards entre la surface de l’eau que mes brasses lentes et silencieuses altéraient à peine et le ciel immense dans la nuit, visible de toutes parts, par les multiples ouvertures de la baie vitrée qui offraient au regard des perspectives illimitées. J’avais le sentiment de nager au cœur même de l’univers, parmi les galaxies presque palpables. Nu dans la nuit de l’univers, je tendais doucement les bras devant moi et glissais sans un bruit au fil de l’onde, sans un remous, comme dans un cours d’eau céleste, au cœur même de cette Voie lactée qu’en Asie on appelle la Rivière du Ciel.

Dans Faire l’amour, Éditions de Minuit, 2002, p. 43